Poésie / Proésie

En arrière flotte

Poèmes issus du recueil bilingue français / allemand

couleurs & rêves de la femme arlequine

Farben und Träume der Arlekinfrau

arlequine


◊◊◊


1. Pasiphaé

Blessures d’amour mortelles ! Mino
créature monstrueuse exigeant son tribut
tu me dévores en cet inviolable palais
en forme de fatal labyrinthe. Ah !
Ingénieux Dédale abats ces hauts murs !
Appelle Icare ! Appelle donc ton fils !
Et que vers le ciel qui se tait il emporte
mes tourments vers de chastes lumières.

Pourquoi l’aimable sage – les paupières closes
sur l’éclat du grand dehors – vers moi tourné
a-t-il eu ces mots : ce qui arrive est voulu et bien ?

ψ

2. Femme torero

Cavalière avec ma lance

avec mon corps dévoilé

je combats          seule

à l’amour           à la mort

Femme matador nue

renversée par le taureau

près du flanc écorché

de mon cheval je compte

mes cicatrices mes plaies

muettes que laboure l’énigme

de la femme qui pleure.

Φ

3. Odalisque

Femme arlequine d’Henri Matisse

sensuelle sereine à demi dévêtue

les mains croisées sur le ventre

suggèrent ici le lieu de l’offrande.

Caresse verticale de lèvres pourpres

éblouies par le sexe ruisselant vers elle.

4. Le peintre et le modèle

Femme offerte lascive à celui

qui peint & ne pense qu’à l’œuvre.

Femme aimée dévorée du regard

possédée bientôt par le pinceau.

ω

5. Affrontement

L’homme a-t-il percé le secret du mystère féminin

tant de forces ensorcelantes au timbre supra humain ?

Ah ! résoudre l’angoissante question de l’entremêlement

des sexes & comprendre & trouver le subtil amour

à effet pendulaire entre émerveillement et terreur

Déjanire ravie par Nessus :               proie ou amante ?

Ô femme choisis l’offrande de chairs mêlées

chants de consolation                     pétrifiés de beauté !

6. Femme prostituée

Sur le pavé luisant : tourments & écartèlements.

Aspiration mort-née à l’amour romantique ?

Vertige de la sexualité tarifée porteuse de mort.

La Célestine veille le cœur rugueux à la monnaie

trébuchante qui tombe sur l’herbe rembranesque.

9. Jeu de regards

Fantaisie érotique et radieuse.

Nostalgie : limpide errance.

Saisissement de corps à cœurs.

Affolante impudeur de la femme

désirée par ton regard

épiée dans son intimité.

Victime ailleurs d’une humiliation insoupçonnée.

Ivre et consentante ici à tes côtés.

Entre offrande et tension gémellaire & réciproque

l’espace creux désempli des larmes du désamour

oscille entre fantasme griserie et assouvissement.

13. Impudique pudeur

L’arbre poussé entre les cuisses

porte les odeurs du voyageur

celui qui vient réchauffer son

errance vagabonde de  r û m

fils homme de mémoire morte

à la flamme consolante supplique.

Au timbre cristallin de la cloche agitée

tendus vers l’obscur rocher fendu

aux franges irisées de pastel carminé

les fruits embrumés affleurent

luisent sur cette terre mouillée

fumures de l’origine du monde.

14. Ni muraille ni défense

Lui – en peau l’observe

drapée de voiles d’or.

Elle – mimant la rêverie

serpentine cisèle son sort.

Femme-Torera V

Cheval à terre. Blessures

Tripes. Sang. Larmes blanches

Femme-Torera aux seins généreux

blessée par le taureau.

Beuglement Fureur de sabot

Meurtrissures Banderilles

Chairs affolées Lacérées

Sanguinolentes Fières Invaincues

Cheval pleuré Abattu Taureau gracié

Torera plainte bientôt huée

Sur les berges du Guadalquivir.

Loin de l’arène Les hommes

Avec leurs passes

La pointe sèche dressée

Profil d’estocade

Torero et banderillero se jouent

de la belle Torera ’hui infortunée

L’agacent L’excitent La hèle

Lèchent ses plaies Le feu secret

Corps poussiéreux sans étoffes

roulés vers le lit de la rivière

Mille et un frottements Mâle

Femelle Alchimie du vivant

Élan Jeu Danse Salves sauvages

Le torero et le banderillero

couvent la belle andalouse

Dans le Guadalquivir où s’agitent

les eaux de la femme fendue

Les hommes tendus dansent

le flamenco et revisitent la corrida

Bref triomphe de l’homme Esquives

Gémissements de femme

Jouissance & don sacrificiel

Mise à mort pourpre au septième ciel

Au-dessus du Guadalquivir par delà

l’Herradero jusqu’à la Plaza de los Toros

Teresa andalouse Torera victorieuse

sur les épaules des fiers Picadores

Enguirlandée de fragrances capiteuses

échos troubles de sa double présence

au monde des vivants avec ses adorables

différences de sa bouche rouge offre

au public qui se tait ce grand éclat de

rire salve & cristal du jouir en verve.

 

Il peint…

Ossature et structure.

Équilibre du clair-obscur.

De sa main au pinceau.

Du pinceau au papier :

circulation vive.

Élan vigueur détermination

guidée par quelque force divine ?

Hanté comme si des fantômes

dansaient autour du papier.

Seule la discipline de l’esprit saurait-elle

guider son pinceau ?

Soudain l’oiseau perce la toile et s’envole.

Lui il reste là, le front serein, un éclat dans les yeux.

Il se met à rire. Pose le pinceau. L’encre sèche.

Avant de peindre, il pense et dessine d’un trait

d’un seul une fleur de prunier

qui ne fleurit que pour toi l’ami,

n’a de fragrance que pour toi l’ami !

Elle s’appelle fleur de la connaissance,

cousine de l’arbre du même nom.

 

Il peint aussi…

 

la pensée au-delà de sa forme.

Il dessine le vent dans les aubarèdes.

Épaisseur et ombre confondues.

Il ferme son regard au mortel extérieur et

pressent les couleurs qui abritent l’esprit de ses ancêtres.

Le pinceau s’agite.

Le pinceau est agité.

Mais qui agite quoi ?

Il peint la mer et dit :

«  je peindrai la mer tant que la mer indigo existera ».

La pierre mutique par son geste a parlé.

La terre aux artères d’argile est devenue cœur du Golem.

Le vide s’incorpore aux frémissements de toute vie.

Et toi, tu te sens empli de joie, d’allégresse, de reconnaissance.

Désentravé tu vas sur les chemins d’indigo, d’argile, d’épaisseur et d’ombre, à la rencontre de ton frère humain, trop humain à faire naître, grandir, instruire & à aimer.

 

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Poème paru dans la revue belge,

Traversées

Troubadour des Pyrénées

Tintements de cloches.

Ciel bleu traversé d’une aile, d’un chant.

Cri du coucou dans le val ensoleillé, repris

par un geai moqueur.

Le chevreuil attentif dans la prairie reverdie

semble les écouter.

Violettes écloses. Fleurs de prunus roses & blanches au vent.

La forêt s’anime de bruissements, d’appels, de craquements.

Ici on tricote en hâte des nids et là on tapisse gîtes et tanières.

L’écureuil, le renard, le lapin s’en vont à leur destin permanent.

Les nuages s’apprêtent à accueillir la luminescence du couchant.

Échos vibratoires de clameurs pour aller vers un monde ouvert.

À re connaître. À protéger. À ré humaniser Ô ! dans la paix.

Le temps s’étiole sur les pensées et les rêveries du promeneur,

Sous la poussée immanente & joyeuse du renouveau printanier.

Sans titre 9

Poème paru dans l’anthologie,

Félix Le Roi-Poète, 2008.

Félix Leclerc 02 08 1914 – 08 08 1988.

Il était une fois un ti-gars du Québec…

Souvenir ! Souvenir ! Un / deux / trois : SOLEIL !

Années cinquante, soixante, soixante-dix… du siècle et du millénaire derniers :

Frank Sinatra / Marilyn / Elvis Presley / les Stones / les Beatles / Mick Jaeger /

Janis Joplin / Joan Baez / John Lee Hooker / Miles Davis /

Aretha Franklin / John Coltrane / Diana Ross /

Tino Rossi / Johnny Hallyday /

Édith Piaf et

Les autres et un ! Félix Leclerc : un et les autres !

Chanteurs de charme / de rock / de blues / de soul / de jazz et autre disco susurrent /

charment / hurlent / décoiffent / déchirent / déconstruisent / tempêtent et tourbillonnent /

bousculent / innovent… tandis que…

tandis que l’horloge intérieure du jeune Félix lui indique

de suivre sa destinée

tic-tac tic-tac toujours tic-tac et puis tac-tic tac-tic

et encore tac-tic et tic-tac.

Les échos de sa guitare ex-centrique à la Django Reinhart habitée de remontées

de mémoires flottantes, de fruits mûrs d’époques lointaines, mélodies sacrées ou

profanes du folklore québécois se bariolent

ça et là de couleurs poétiques

des musiques russe, tzigane et sud-américaine.

Créateur second d’un équilibre étrange et lumineux

dans un monde encombré.

Félix chante le sentiment poétique du monde, la terre,

les fleurs, les papillons,

l’abeille, les pierres de fées, les ours, les lacs et les forêts.

Et ses crapauds chantent la liberté.

Félix pieds nus dans le laboratoire de l’aube

chante les petits bonheurs,

les petits malheurs humains trop humains.

Il reste sourd à l’appel

et aux séductions des langues du dehors.

Guilleret, mélancolique, fantasque et déchirant Félix parfois en proie au doute,

console et prête sa voix à la valse pour faire danser ensemble petites et grandes gens sur les plaines,

les grandes plaines d’Abraham.

Au grand bal des soupirs, la vie, l’amour, la mort se déclinent en complainte du pêcheur,

en chanson du vieux polisson, en chanson du pharmacien –  do ré mi, elle n’est pas jolie –

chanson des colons, du retraité, chanson

de femme et d’autrefois.

Litanie du petit homme et chanson pour la mort d’un chien.

Félix a vu le loup, le renard, le lion et l’alouette en colère ;

il a des chansons et des rêves à faire partager, Félix !

Le hamac dans les voiles invite au voyage au-delà

du fleuve St Laurent.

Près de l’île d’Orléans, des particules, étincelles de félicité n’en finissent pas de danser

et de chanter sur le sentier de la mer

qui n’est pas la mer, tissé

d’entrelacs de signes, de milliers de chiffres « 8 » qui accompagnent Félix

au-delà de l’absence :

hippocampes facétieux et signes de l’in-fini.

Un seul « 8 » à l’arrivée et quatre « 8 » le jour du grand passage derrière le rideau.

Musique à quatre temps et autre quatrain poétique

de l’unité retrouvée.

Angoisse maîtrisée au cœur de métissages de mots et de sons

du corps transfuge au corps poème et chanson.

Félix, nous avons pour toi une dernière prière bohémienne pour quand les hommes

– chapelet d’êtres – vivront d’amour !

Un soir de février, nous quitterons notre maison pour aller ailleurs l’écharpe au vent.

Nous marcherons dans le ciel pour te retrouver sans troubler la quiétude de Dieu qui dort.

Et alors nous inviterons ton pays d’enfance

à nous conter ton histoire.

Comme tu l’as chanté :

Notre vie on la roule

Sur des houles de pays

On nous sort de la foule

On nous déboule ici.

Oh… Lon… La belle journée sur l’autoroute 40,

à l’occasion du 400e, nous entendons les crapauds

chanter la liberté,

et les forces joyeuses de la vie repoussent les frontières

de l’indifférence.

En archipélisation avancée, parmi les échos pérégrins de correspondances francophones

et les voyages de mots et les mots de voyages :

un monde s’ouvre…

Et comme toi Félix, nous adoptons le proverbe gitan :

partir pour mieux revenir !

Les pièces du jeu sont relancées sur un échiquier sans bords de marbre et de fumée.

La nuit juste avant le sommeil, nous chantons l’un de tes poèmes du commencement.

Souvenir ! Souvenir ! Un / deux / trois : SOLEIL !

Il était une fois un ti-gars du Québec…

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Autres extraits de :

couleurs & rêves de la femme arlequine,

bilingue français / allemand

Sans titre 80000100728-il peint

 

En arrière flotte encore…

 

la mémoire de celui qui attend qu’on lui prenne la main

et emporté loin du lieu de l’écriture solitaire de sa table

de l’ordinateur du chat alangui à l’aimable regard bridé

il retrouve les beautés de la nature celle qui laisse sur

les lèvres des traces comme un goût de sel de la vie nue

directe promesse de sources vives et reçue en plein cœur.

Alors l’écrivant devient géo-penseur géo-poète humble

graine de navigateur contemplatif et randonneur.

Il dépeint la nature avec des mots cueillis en extérieur parmi

les lignes visibles du – grand dehors – aux rumeurs de vents

de tonnerre & de clyménies dévoniennes stratifiées moulées.

Vibrations du clair-obscur syllabes d’eau grammaire du ciel

déroulent pour lui alphabet & calligraphie inter-galactiques

à même les plis & replis mus par de grands voyageurs.

Le géo-poème est né d’un esprit attentif d’un murmure

passé par les saisons de la terre parlant au jour à la lune

aux empreintes d’ailes à la pluie à la pierre à l’orage

et aux ancestrales étoiles fuyantes d’un autre vivant.

 

54103060

Paradis artificiels

SMS         MELS

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CHAT     VIDEO

WEB       CAM

TWITTER          YOU TUBE

Ne pas céder aux nouveaux

paradis artificiels !

Encodage           Décodage

traduction de ton discours

pour me former le goût de toi

pour te découvrir là nu vrai !

Promesse de plus hautes joies

en toute simplicité.

L’ange

Extranéité différée.              Déchiffrement de l’errance.

Entre leurs deux corps frémissants veille cet ange

descendu du tympan de sa pétillante cathédrale.

Porteur de l’énigme.                   Libérateur de tyrannie.

                Ange mais que nous veux-tu ?

Il sourit.                                Comme c’est étrange !

L’ange se retourne. A la place des ailes elle découvre deux

petites fentes sur lesquelles affolée elle dépose un baiser.

Lui pense à Léonard de Vinci à Icare et réfléchit.

Il prend son pinceau et re dessine deux ailes puissantes

solides permanentes faites pour les longs courriers.

Elle souffle doucement sur l’œuvre achevée qui lui renvoie en écho le duende de Lorca reçu en son âme fragile et déterminée.

Sans titre 7

Poème paru dans l’Anthologie,

Pour Haïti,

Édition Desnel, 2010

Il aura fallu…

Haïti ! Haïti !

Tes souffrances n’ont pas été suffisantes pour

que le monde les prenne en compte le jour d’avant.

Il aura fallu que la terre gronde et frappe et tue

ton peuple fragile ton peuple chant et prière

chaloupés pour que tous les regards convergent

vers toi vers ton peuple fier le premier à s’être

libéré de l’esclavage : honte des nantis avides

de tes bras de ta sueur de ta peine de ta candeur

de ta joie libérée de ta beauté sauvage naturelle.

Haïti et St Dominge !

Janus à deux faces : visage d’une même île

ni celle de tes ancêtres ni celle choisie.

Les malheurs ici ! Le paradis artificiel là !

Pour te nourrir Haïti tu déboises tes forêts

dans l’indifférence générale même de la France

le second pays et ton tiers d’île devient désert.

Cette galette d’argile n’est pas celle des rois

Elle te tient au corps te tient au corps et mine

ton être au monde du vivant et des choses.

Hier Haïti tu n’avais déjà rien. Trois fois rien.

Ici & maintenant en sinistré de l’aveugle séisme

tu pleures tu pries tes morts au milieu des ruines.

Par cri et chant titubant tu appelles à ce nouvel élan.

Il aura fallu que la terre gronde et frappe et tue

ton peuple fragile ton peuple chant et prière

chaloupés pour qu’enfin tu ne sois plus seul.

Sans titre 8

Extrait

… de par la Reine… marcher

dans la couleur du temps

15 a-1

XXIII

Chant de terre & de vent

Au cœur de pérégrinations vagabondes

saisir encore les rumeurs fugitives

appels métissés

souffles émis

des tréfonds de la tourbe jusqu’aux nuages ancestraux

vibrations d’ombres

syllabes d’eau transportées en avant

d’Or. en Oc.

et plus loin en arrière

dans les plis & replis de mémoire géo-poétique

flotte

 la mémoire

dans la couleur du temps

du temps d’avant

promesse des sources

toute entière

dans la mer retenue.

 

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XXIV

Ho ! chant d’eaux

O

Oh !

Que d’O !

Miroir d’Eau

Bassin d’Apollon

Bassin de Latone Bassin de Neptune

 Bassin de l’Obélisque Bassin de Flore (le Printemps)

Bassin de Cérès (l’Été) Bassin de Bacchus (l’Automne)

 Bassins des Couronnes Pyramide Bassin de l’Ile des Enfants

Bassins des Lézards Fontaine du Point du Jour

Bassin de Saturne (l’Hiver) Bassin du Dragon

La Fontaine du Soir Bassin du Midi

Bassin du Nord Bassin d’Encelade

Bassin de l’Orangerie

Grand Canal

Que d’O !

Oh !

O

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XXV

Postface de … de par la Reine… marcher dans la couleur du temps, Schena editore, Alain Baudry & Cie, éditeurs, 2008 (épuisé). Bilingue français-roumain, traduction de Horia Badescu, paru aux éditions de l’Atlantique, 2012. Bilingue français-italien, traduction d’Arianna Cancielo et de Giuseppe Cappielo, Schena editore, 2013. Bilingue français-espagnol en cours de traduction.

Sans titre 8

À propos de l’écriture de

… de par la Reine…

marcher dans la couleur du temps

*

C’est une tache délicate que celle qui consiste à évoquer une nouvelle fois Versailles la splendide, Versailles la solaire, sans tomber dans l’excès ou la banalité d’un déjà vu, déjà entendu. On choisit de poser un regard que l’on espère personnel, sur le Versailles d’hier, stratifié moulé dans les livres de la grande Histoire, et de recouper ces informations par une lecture animée du Versailles d’aujourd’hui, vécu, revisité, et narré autrement, à soi-même d’abord, puis à un jeune public qui à son tour accepte de mettre ses pas dans ceux d’autres compagnons de route, bâtisseurs, artisans, régisseurs, artistes, roturiers et nobles seigneurs, afin de saisir les vibrations, réelles ou rêvées, enviées ou imitées, inscrites dans le grand coquillage du temps de Versailles l’inspiratrice, enfoui sous la terre, au murmure fraternel d’océan retrouvé.

Ce nouvel observateur dans un jeu de va et vient entre les choses, les êtres et les paysages éprouvés à distance peut ainsi, en des accents nouveaux, faits d’étonnements et d’allégresse, de données culturelles et de simples observations, de l’intérieur vers l’extérieur et vice et versa, délivrer ses propres sensations, cueillies, saisies, recomposées et enfin partagées autour de « son Versailles », si singulierpluriel !

Sans titre 9Certains des poèmes figurant ci-dessous paraissent

dans les trois volets de la trilogie des Ex-odes du jardin :

eau versée à d’autres eaux : toujours la même

et toujours différenciée…

Vapeurs fugitives, Carmina,

 

et créé à l’occasion d’une Fête de la musique dans

les Landes Girondines

7

Quelques lectures de l’arbre

Adossé au tronc pachyderme tous yeux clos,

il remonte à petits coups de mémoire des siècles

et des lunes ; il voit Adam pressent Ève.

Est-ce qu’on juge un arbre par son fruit ?

Il agite son antenne droite, reçoit une onde

de Newton : encore une histoire de pomme,

de résolution du problème de gravité.

 

Sur le buisson ardent s’accomplit le miracle,

tandis que le Fils médite sur le Mont des Oliviers.

L’homme a tout, cependant il marche dans la crainte

Saint Augustin se souvient, incline la tête ; abattu déjà ?

 

Le psaume déambule sur un chemin d’errance bordé

de cyprès, une route nomade balisée par le permanent

retour à la terre.

 

Descartes l’a écrit : l’arbre est organisation, hiérarchie,

procède par dichotomie, mais Deleuze avance le rhizome :

tout est à centrer – non hiérarchisé – Anti-Œdipe !

 

Les polycentres se répètent – radieux – dérivent à l’infini ;

tout est synergie !

 

Kant nous entraîne d’une nébuleuse primitive à un monde

souterrain, visible, céleste, du gouverneur enraciné.

 

Tandis que l’an II parle de la République autour de l’arbre

d’autres encore évoquent la généalogie ; logique ?

 

Symbolisme religieux du druide à serpette

dans le chêne de St. Louis.

 

Beckett : en attendant Godot souvenez-vous !

– didascalies : une route un arbre

une route qui va et vient de nulle part,

un arbre dénudé, désespéré au premier Acte,

quelques feuilles au second ; même pas d’ombre,

n’est plus l’arbre-sauveur dont est faite la croix du Fils.

Sans signification ?

 

Segalen s’endort à jamais sous la ramure, achevée

la lecture de son dernier ouvrage en pâte à papier

et le chanteur de poursuivre : sous mon arbre

je vivais heureux… jusqu’à l’annonce de la…

Tempête-de-fin-de-siècle-reprise-de-conscience.

 

Extrême lenteur de croissance, immobilité de l’arbre.

Abattu : trois siècles disparaissent d’un coup.

Le temps des arbres n’est pas le temps des médias,

du TGV, de l’avion et ne connaît ni vitesse, ni gains.

Ni gains de vitesse d’ici & d’ailleurs, d’ailleurs.

 

Quand il est plusieurs, l’arbre est sombre et le jeune

Werther s’égare dans une forêt dense, obscure.

Où est son géniteur ?

 

Pendant que les ingénieurs des siècles précédents

l’alignent le long des routes, des motards en colère

blessent le platane à coups de tronçonneuse.

 

Une artiste américaine crée un artefact de plastique

aux longs cheveux en métal luisant : Ophélie ?

Et quand tu l’approches il pleure ; normal, c’est un saule.

 

L’arbre dans le tableau est tâches de couleurs à l’école

de Barbizon ; seuls Van Gogh et Matisse s’intéressent

à sa structure, car tout est dans la représentation :

voie tachiste, voie impressionniste et puis sous les

doigts : l’aspect ligneux arborescent finit en abstraction.

 

Où chante l’oiseau ! Utamaro a trempé son pinceau

et sous le charme des fleurs virginales d’Asuka

où volent les oiseaux, parmi les racines de l’armoise

inscrit une trace durable au milieu des flots jaillissants

de l’impermanence.

 

L’art des jardiniers & l’art des peintres.

Où demeure le sauvage & quand commence le régulier ?

 

Le Nôtre voit un jardin comme un

Grandchantierexpérimentald’aménagementduterritoire

Aujourd’hui comment se fait le partage entre la régularité

et le sauvage ?

 

Le rapport entre l’homme et la nature technicisée, hybride ?

Les jardins scientifiques au cœur de la ville sont-ils des erreurs ?

Comment des places minérales interpénètrent-elles le végétal

sans jamais laisser deviner les limites de la ville & du jardin ?

 

Nature / culture / architecture : géométrie réduite à peu de choses.

 

Création d’échelles de stabilité, de socle, pour laisser parler les variations

florales, la lumière et ses jeux, les rapports vide / plein.

 

Ainsi va-t-on tous grappiller dans l’inconnu.

 

Il est difficile d’être génial sur commande à tout instant

– Work in progress ! –

 

Avancée dégelée de nos forces de compréhension des lois

de la nature ou représentation de ce que l’on s’en fait ?

 

Ceux qui savent ce qu’ils font, parfois ne trouvent rien !

 

C’est dans la recherche perpétuelle, dans le contact avec

la nature vue par Thoreau que l’on risque de trouver souffle

d’orgue & ventilation.

 

Adossé au tronc pachyderme tous yeux clos, il émet un léger

bruissement d’élytre, se relève, s’éloigne lourdement, puis

se retourne et jauge son père nourricier des racines à la tête.

 

Long sifflement : – la fameuse ventilation créatrice ?

 

Qui a dit qu’un petit hanneton de la Saint Jean ne s’adonnait

pas, parfois à la réflexion ? En vérité : personne, personne.

Sans titre 7

Extrait d’Ex-ode du Jardin, Es-Odi dal Giardino

bilingue français-italien

 

Quel giardino è lo specchio

strumento del dire del reale?

Dice:

la – voce del padre –

il – canto della madre –

le carezze del figlio & i sorrisi del suo piccino

sente il sudore i frutti maturi & i fiori

l’acciottolato del cammino della conchiglia

fra le quali erra la testa vuota del perdono

per aver tanto reclamato la luce.

 6

Ce jardin est-il miroir

instrument du dire du réel ?

Il parle :

la – voix du père –

le – chant de la mère –

les caresses du fils & les rires de son petit 

il sent la sueur les fruits murs & les fleurs

les caillasses du chemin de la coquille

parmi lesquelles erre la tête vide du pardon

d’avoir tant réclamé la lumière.

 

54103060

Extraits parus dans l’anthologie bilingue français / allemand

Mondspuren, Sonnenpfade

Traces de lune, sentiers de soleil

ETAINA verlag, Allemagne

Variations d’aurore capucine ou le retour « daheim »

1

Chat lézard coccinelle & limace

tracent chacun le sentier vers la lune

corbeau chouette & papillon

pressentent tout ce qui va naître

l’être au monde :

humain trop humain

inquiet fragile volontaire

comme ce jardin chaoscosmique

 

 

2

Sous une fine pluie d’astéroïdes

reconnais voyageur solitaire

le son de la cloche de ton village

promesse de communion avec le ciel

et là dans ces arbres & ces plantes

le souvenir de graines pérégrines

de lune et de soleil : Allemagne

Espagne Pologne Italie

sapin bleu olivier figue groseille

grenade fraise des bois & cyprès

dans ce jardin ouvert au voyage

tout près si près de la voie ferrée

 

 

3

Trous voiles de brumes inondations

la terre sèche craque la mémoire gémit

Aile d’abeille : noire capucine

mirage extra-vagant de mémoire

pousse-mousse de lassitude

au centre du jardin illuné

tournoie un appel de cristal

seul le silence beauté violente lui répond.

 

4

Ton regard erre à travers le ciel

Il neige sur tes cordes sur ta foi

ailes de plumes & de cire

Icare a déconstruit Rah en majesté

 

 

5

Instants complices un peu magiques en exilé

tu refais le voyage de ton petit moi au grand

Tout inscrit à même la voûte céleste où pleins

& déliés arabesques délicieuses s’évanouissent

se forment se déforment et s’informent

dans l’Univers en expansion perpétuelle

impermanente immanente.

 

 

6

La nuit ponctuée d’appels proches ou lointains :

oiseaux de nuit frôlements chuintements murmures

mouvements imperceptibles et songés des étoiles

nous rapproche de nos lointains ancêtres noyés dans

l’écume givrée de la mer/mère d’en haut – inversée

 

 

L’âme échevelée se reprend à rêver à des ailleurs traversiers

nés en cette nuit au jardin d’enfance abandonné lieu sacré

sacralisé diffracté : promesse de tous les possibles in-créés

alors que la Terre vient d’achever sa rêvolution

de tourner une fois sur elle-même et nous avec…

comme pour un retour au pays natal : Daheim.

 

 

 

Sans titre 7

Extrait du recueil plurilingue … de pluies & de saisons…

Version polonaise. Traducteur, Jan Purchla, Cracovie.

 

 

Wiersz o chłodzie

 

Oslo

 

Szósta rano nad miastem

Klucz na niebie się układa wielki

 

Ludu wędrowny Romów

z pamięci przodków przy świetle twego instynktu w dal wyruszasz

ku ogrodom południa muskać tęczy frędzle

w pastelach Atlantyku i Śródziemnego Morza

 

gdy już szalone ptaki z Bassan pierzchają

na zewnętrza wezwanie : bębny Senegalu

wokół negritude Senghora się zbierają.

 

 

Poème du froid

Oslo

Six heures du matin au-dessus de la ville.

Le grand  – V –   s’organise dans le ciel.

Peuple migrateur Rom de mémoire ancestrale

à la lampe de ton instinct tu pars loin là-bas

vers les jardins du sud frôler les franges irisées

de pastel de l’Atlantique et de la Méditerranée

tandis que les fous de Bassan déjà s’éparpillent

à l’appel du dehors : tambours du Sénégal

rassemblés autour de la négritude de Senghor.



La dune de Pylat… (seconde version)

regardée, observée, analysée, maintes fois gravie,

libère encore des visions d’étrange étrangeté.

Lorsque se déchaîne la tempête, sous les vents de

föhn & de suroît, chaque pas, nuage, chaque grain

poursuivi / poursuivant s’efface sur l’avance

de l’é-norme, hors norme & irre magnéto-cosmique.

Les grains tournoient, rugissent en connivence avec les

vagues de sable du bien proche Sahara.

Le corps ploie, hésite, repart, tourbillonne sous

les milliers de gifles des grandes mains du sable.

Il essaie en vain de se fondre dans le paysage en mouvement et – nu – seul, le pied a sa conscience intime des zones humides, des zones chaudes de la grande dune fauve, au souffle arythmique.

Verticalité approximative du simple géo-poète dans sa lente & pénible progression, corrigée par l’entêtement énervé de plus grands vents.

Marcher. Marcher jusqu’à atteindre cette crête.

Penser être arrivé au sommet, et marcher encore sur le

squelette blême du dinosaure où voltigent les papiers bonbon, kleenex, Mars & Lion.

Vision syncopée.

Lignes brisées à géométrie variable : planes, droites, courbes, selon les caprices et les évidences météoro-logiques phagocytant tous les sites venteux ou abrités.

Du lieu où il se trouve, le randonneur, infatigable Wanderer, tel Goethe résidant jadis à Weimar, chasse d’un grand éclat de rire l’idée même de la présence, en ce lieu de grand mouvement, de la maracagne au regard torve, obéissante vassale du Roi des Aulnes.

Le corps, comme une barque tangue, plonge, épouse

sans les contrarier les accents des vents mauvais.

Pourquoi mauvais ? Naturellement permanents !

Et en complicité d’amitié élective avec Friedrich Hölderlin, il comprend soudain, ce que peut aussi signifier :

ÊTRE AU MONDE EN POÈTE.

Ré-apprendre à voir, ici & maintenant, en écho diffracté avec le ressenti infini de Rainer Maria Rilke :

un nuage touchant la joue de la dune blonde &

percevoir mugissantes, les paroles croisées, singulières,

lancées d’ailleurs différenciés & d’autres déserts de sel et de sable :

Sahel,  Gobi,  Mojave,

           Mingsha, Taklamakan,  Namib,

                        Kalhari,  Atacama,  Vallée de la mort…

Mises en correspondances, archipélisation identitaire en rhizome, ouverture sur le tout-monde des paysages & des cultures, chère à Édouard Glissant.

Alors qu’au loin, marquant la fin de la rêverie, proménadologie réflexive, l’écho amplifié des feux des chasseurs retentit au monde habituel du vivant & des choses, transporté sur l’aile de l’oiseau migrateur,

posté seul,

attentif,

   au bord du monde,

      immanent, permanent,

  tel quel.

Sans titre 9

Hommage à Rüdiger Fischer 1943 – 2013

parution aux Éditions l’herbe qui tremble

octobre 2013

de Gérard Bayo
Pierre Dhainaut
Max Alhau
Lucien Wasselin
Rome Deguergue
Yves Namur
Pierre Garnier

◊◊

Andenken / À la mémoire de…1

Il traduisait comme on peint…

La pensée au-delà de sa forme

Le vent dans les aubarèdes

D’épaisseur & d’ombre confondues

Il traduisait comme on peint…

Les couleurs qui abritent toujours

L’esprit rebelle de lointains ancêtres

Il traduisait comme on peint…

La pierre mutique

La terre aux artères d’argile

Le vide et les frémissements de la vie

À l’écoute chaloupée – senteur de blé

D’avoine d’orge et de seigle – des vers

De ses amis poètes qu’il transmutait

Antibabélisation de transparences

Lumières de Bohème empreintes de

Langues pérégrines sucrées salées

Clameurs humaines trop humaines du Neckar

Au Danube et par-delà la belle Garonne

Accrochées en nos âmes pour l’éternité

Épiphanie incarnée au présent de tous

les présents

Aux murmures : psaumes du vent

Chant méditant de grains de sable

Festons des silences… immanents

Ade 2  l’ami ade…

Dich vergessen wir nie…

 R.D.

1. Andenken / En souvenir: titre du poème de Friedrich Hölderlin datant de 1803, écrit après son passage à Bordeaux en 1802. Mais va maintenant, et salue la belle Garonne est le cinquième vers de ce poème.

2. Ade: aurevoir en dialecte ;

3. Dich vergessen wir nie : nous ne t’oublierons jamais.

A todos los niños, reservas inagotables de formas de lenguaje que como la Tierra cuyas líneas se leen de manera inmanente, intuitiva – necesitan colores, olores, cambios, paletas, matices, alfabetos diferentes con las que jugar en un movimiento enérgico, permanente de repetición y asimilación para evitar el empobrecimiento de la lengua, de nuestra alma humana, demasiado humana y probar así la capacidad de interrogar las capacidades de lo real, lo imaginado, de la creación artística… Porque todos tenemos en cuenta al mundo así como él nos tiene en cuenta a nosotros.

… de lluvias y de temporadas … (título)
Poema del frío
OSLO

Las seis de la madrugada sobre la ciudad.

La gran – V – se organiza en el cielo.

Pueblo migrante Gitano de memoria ancestral
a la luz de tu instinto partes allí abajo
hacia los jardines del sur rozando las franjas de iris
de pastel del Atlántico y del Mediterráneo

mientras las sulas de Bassan ya se desparraman
a las llamadas de afuera : atambores de Senegal
recogidos alrededor de la negritud de Senghor.

Antigua morada
Voz y vía

Así trans-formado, parar la respiración al margen del mundo.

Entender el viento ejercer sus formas y sus voces en los pinos.

Una lluvia de chispas descubre la lengua que no existía
& del cual el corazón es música.

Todo como en la morada de las palabras :

habitar la tierra de poeta!*

La lengua del otro se convierte en la propia.

Equilibrio entre quejas de quien ha nacido en alguna parte
& quien no lo sabe.

La visión inmudada de las crestas socorre la palabra desnuda transitoria.
El largo viaje ha comenzado con un solo grito.
Con un paso solo. Con una idea.

La escritura con un sonido. Una letra. Una palabra sola :
luz reflexiva del pensamiento romero de Oriente
al Occidente sobre el ala viajera del pájaro.

* Cita de Friedrich Hölderlin.

Extraits du recueil

Ex-odes du jardin Variations & autres collagesd’intemporalité. 

***
4

Aus

(…)

Je n’ai pas fait de détour cette fois.

Pris un train bringuebalant, un peu sale rouge et vert. Trop confortable. Pétri de blessures solitaires. Traversée de la triste campagne, abandonnée des biches, des oiseaux et des couleurs. Spasmes dans l’espace. Un bouleau. Des bouleaux. Copeaux de mélancolie. Poches plastique dans le vent. Billet de retour : Krakow. Elie Wiesel murmure : Il m’est interdit de me taire. Il m’est impossible de parler. Et nous aujourd’hui, que faisons-nous ?

Cette fois, je n’ai pas fait de détours.

Je suis venu reconnaître vos visages creux. Votre épouvante. Caresser vos fronts. Baiser vos paupières de nacre. Lire la vie qui s’épelle à l’envers parmi tous vos pauvres biens. Arrachés. Figés. Pétrifiés par le halètement des chiens de l’enfer. Les modestes biens du peuple de grands et de petits enfants que vous formiez. Lunettes, souliers, petites boîtes de cirage, peignes, brosses à cheveux, gamelles, pots et couverts, vêtements, prothèses… Et vos valises du dernier voyage, aux noms singuliers et pérégrins.

Noms de fleur. De montagne. De pierre. De sentier. De champ. De prairie. D’or & d’argent.

***

Je doublerai ce dernier vers par les mots dits en allemand, puisque sont ici pudiquement évoquées uniquement en français (mon lecteur a de la mémoire !) les terminaisons de bon nombre de noms juifs :
Blume / Berg / Stein / Weg / Feld / Wiese / Gold & Silber ;
comme un long appel différé…

 

***

9

Jardin de l’oubli

Au crépuscule, je suis entré là, où l’élément minéral m’a happé.
J’ai cru entendre le timbre de ta voix. Ce n’était que le murmure du vent dans les cyprès. Nostalgie d’ombre portée a capella.

Des éternités de Lune ne pourront jamais me faire oublier ton absence.

Un enfant passer derrière le mur. Il chantonne. Siffle. Jure. Éclate de rire.
Insolence de la vie sans toi. Ton départ rend le temps si creux.
Mon âme se tord et se noue comme un tronc d’olivier.

Il neige sur la terre et les fleurs écarlates que je retiens entre l’espace de mes doigts glacés ponctuent l’odeur du silence.
Des perles de sang jaillissent de mes coupes. J’ai le mal de toi !

Il neige et l’odeur de blancheur me rappelle ton pauvre sourire.
Les tendresses à l’aube de ton regard confiant. Éclairs vivifiants et désespérés.

Vertige. Joie cruelle d’exister. Les bras levés des pins participent à l’offrande.
Sur le caveau, je me penche.
J’embrasse un rêve dans l’ivresse du souvenir de ta peau ranimée.

J’attends ton appel comme autrefois. À chaque aurore lavée.
De faux jour en nuit de veille, le temps se heurte au cristal de tant d’in-fini.

A capella : ombre portée de la nostalgie de toi…

Des éternités de Lune ne pourront jamais…

***

 

 

Publication du mardi 5 janvier 2016 sur le site MARGUTTE

VERSIONS en italien puis en français
http://www.margutte.com/?p=13797&lang=fr

Estratti di p(r)oesia di Rome Deguergue

Intuizione del reale
Giungerò un giorno a conoscere meglio
L’intimo dell’ humus e la corsa delle nuvole ?
Dal mio posto di osservazione sul bordo delle dune
Mi sento persa in un autentico straniamento, permanente.
Il mio sguardo non è ancora abbastanza civile?
Chi osserva chi o cosa?
Né osservante.
………………… Né osservato.
…………………………………….. Continuum.

La terra è una parola che
– abbraccia la terra –

La pietra del camino ha detto:
io faccio uno scarto sulla breccia.
Una parola ha il suo silenzio.
Un corpo la sua nudità.
La pietra e la parola bucano
Attraversano il silenzio:
irruzione del futuro.
Meteora & tempi:
frazione di parola
sul niente della vita.

Una mano sull’erba
Lo sguardo al cielo
Una pietra alla mia destra
Un uccello alla mia sinistra
Chi sono io?

A casa come pesce nell’acqua
A casa dove? In che mondo?

Conosciuto – Sconosciuto – Riconosciuto –

Liberato dal conosciuto
Ricreare la sensazione dello stupore
Generato dall’intuizione dell’infinitesimale & dovuto
Gran Tutto chaos cosmico in espansione…….infinita.

Saggia & senza età
Eccomi hic & nunc
Seduta sulle nuvole
Come loro passo
Ed abito l’intero spazio.

La poesia – A mio parere è fabbrica e veicolo: memoria collettiva, segni, lingue, sapori & clamori del tempo: presente a tutti i presenti, capace di liberare istanti di immediatezza folgorante che possono rivelarsi eccezionali, per consolare la nostra anima fragile e bisognosa. La poesia liberata, allo stesso tempo intuitiva, informata, non legata al tempo e incarnata potrebbe – in un insieme barocco e commovente – seguire i precetti di pura evidenza dell’aforisma seguente, pacifista e non interventista, come un volo sospeso che insieme chiude ed apre all’infinito, tratto dalla mia ultima raccolta: Ex – odi dal Giardino – parole contro il male?

Né nascere. Né morire. Andare…

Rome Deguergue, nata ad Armentières l’8 dicembre 1952 e cresciuta a Sarre, Germania, approda in Aquitania a 7 anni. Prima dei 21 anni consegue due diplomi della Camera di Commercio ed un terzo di addetta di direzione trilingue. Viaggia poi in Germania, Svizzera, Italia e Gran Bretagna, e raggiunge gli Stati Uniti, studiando Lingue Moderne alla TCU (Texas Christian University). Al ritorno dagli USA viaggia per tutta Europa, in Arabia ed in Iran. Ogni anno, tuttavia, passa lunghe settimane nell’Aquitania della sua infanzia.
Tornata a Bordeaux riprende gli studi di Lettere moderne, partecipa a laboratori di scrittura per valutare quale sia (diventata) la lingua di scrittura che le “suona” meglio: tedesca / hochdeutsch; dialetto sarrois / saarländisch; inglese o spagnolo… eleggerà infine per le sue opere la lingua francese, con i suoi “sapori pieni di sfumature”.
In parallelo Rome Deguergue si dedica a lavori di traduzione e di critica letteraria e si rivolge ai giovani, dalle scuole dell’infanzia all’Università, e ai migranti di ogni età, creando degli “Ateliers De Plein Air”. Questi Campi di Geopoesia” intendono incoraggiare i giovani ad imparare a leggere “le linee della terra”, a “vedere per sapere”, per una visione aperta multidimensionale, così da mettere in dialogo la lingua francese con le altre lingue della Terra.
Rome è membro dell’ARDUA, (Associazione Regionale degli Universitari d’Aquitania), del SIAM (Società degli Amici di Montaigne), dell’ERCIF (équipe di ricerca sulla creazione e l’immaginario della donna all’Università di Bordeaux Montaigne), socio della Società dei Poeti Francesi, del Club francese dell’Istituto internazionale di Geopoetica, Membro onorario dell’Unione degli Scrittori di Timisoara (Romania), critico letterario presso il CÉNACOLO EUROPEO FRANCOFONO di Poesia, delle Arti e delle Lettere, ed è d’altra parte amministratrice di una società di studi geologici.
Rome Deguergue ha ricevuto diversi riconoscimenti, tra cui il Primo Premio ARDUA nella categoria « ricerche di creazione letteraria » a Bordeaux. Il Gran Premio della Accademia delle Scienze Morali, delle Arti e delle Lettere di Versailles; due medaglie d’argento dell’Accademia Internazionale di Lutezia, Parigi; il Premio Michel de Montaigne, anche la Menzione d’onore al 15° Concorso Letterario del Centro Europeo delle Arti e delle Lettere. Per l’intera sua opera il Gran Premio della Società dei Poeti Francesi, il Premio dell’Associazione regionale degli universitari d’Aquitania, consegnatole a Bordeaux.
Dal 2003 ha pubblicato oltre trenta titoli, in generi diversi, come p(r)oesia, geo-poesia, saggi, conversazioni, novelle, racconti, teatro, recensioni e articoli di critica. Tradotta in 15 lingue, la sua opera è oggetto di studio e di ricerca in collegi, licei e università europee.
Sito : https://romedeguergue.wordpress.com
(Traduzione a cura di Gemma Francone e Franco Blandino)

*

Extraits de p(r)oésie de Rome Deguergue

Intuition du réel
Parviendrais-je un jour à mieux connaitre
L’intime de l’humus et la course des nuages ?
De mon poste d’observation sur le cordon dunaire,
Je me sens perdue dans un réel étrange, permanent.
Mon regard n’est-il pas encore trop civilisé ?
Qui observe qui ou quoi ?
Ni observant.
………………..Ni observé.
……………………………….. Continuum…

La terre est un mot qui
– embrasse la terre –.

La pierre du chemin a dit :
Je fais un écart sur la brèche.
Un mot a sa mutité.
Un corps sa nudité.

La pierre et le mot percent
Traversent le muet :
Irruption du futur.
Météore & temps :
Fraction de parole
Sur le rien du vivant.

Une main sur l’herbe
Le regard au ciel
Une pierre à ma droite
Un oiseau à ma gauche
Qui suis-je ?

Chez soi comme poisson dans l’eau
Chez soi où ? Dans quel monde ?

Connu – Inconnu – Reconnu –

Libéré du connu
Recréer la sensation de l’étonnement
par intuition de – l’infinitésimal & du
grand Tout chaoscosmique en expansion
infinie.

Sage & sans âge
Me voici hic & nunc
Assise sous les nuages
Comme eux je passe
Habitant tout l’espace.

La poésie ?
La poésie – à mon sens fabrique et véhicule : mémoire collective, signes, langues, saveurs & clameurs du temps : présent à tous les présents – délivrant des instants d’une immédiateté fulgurante qui peuvent se révéler exceptionnels, consolatrice de notre âme fragile et déterminée du tout désirant.
La poésie libérée, à la fois intuitive & informée, intemporelle & bel et bien incarnée – pourrait – dans un raccourci baroque et saisissant – suivre les préceptes d’une pure évidence de l’aphorisme suivant, quiétiste, non interventionniste, tel un vol suspendu qui clôt et pratique une ouverture infinie à la fois, et issu de mon dernier recueil, Ex-odes du Jardin – mots contre maux – :

Ni naitre. Ni mourir. Aller…

Née à Armentières en Flandre romane, pays de l’Houtland,  et après avoir grandi en Sarre[1], Allemagne, ROME DEGUERGUE de mère allemande, italienne et de père français est arrivée en Aquitaine avec sa famille à l’âge de sept ans. Avant sa majorité (à l’époque : 21 ans), deux diplômes de la Chambre de Commerce, un troisième d’attachée de direction trilingue et quelques expériences professionnelles en poche, elle quitte la région bordelaise, voyage en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Angleterre puis s’embarque sur le Queen Elisabeth II dans le but de pérégriner (sans émigrer) à travers les USA, à bord des fameux Grayhound bus. Installée à Fort Worth, Texas, elle y poursuit des études de langues modernes à TCU (Texas Christian University). Au retour des USA, elle s’établit successivement dans plusieurs pays d’Europe, voyage en Arabie, en Iran. Durant ses déplacements, elle écrit des p(r)oèmes sur les lieux traversés, habités en poète contemplative et aventureuse, en plusieurs langues stigmatisant des accords, accents du lien / lieu de vie, de passage, du patrimoine et autres clameurs humaines, trop humaines. Chaque année, elle passe de longues semaines en Aquitaine, comme aimantée par cette région de l’enfance laissée en jachère.

Après deux décennies de pérégrinations, elle reprend à Bordeaux, quelques études de Lettres modernes, participe à des ateliers d’écriture afin d’évaluer quelle est (devenue) la langue d’écriture qui « sonne » le plus juste : allemande / hochdeutsch ; dialecte sarrois / saarländisch ; anglaise ; espagnole ? C’est la langue française aux saveurs nuancées, « éprouvée » dans divers pays de manière différenciée qui sera l’élue, utile à déployer cette écriture enchâssée dans des genres littéraires divers, un rien baroque, et au sein de laquelle les thématiques : devoir & pouvoir de mémoire contre l’oubli, et géo-poésie ne sont pas absentes.

En parallèle, Rome Deguergue s’adonne à des travaux de traduction, de critique littéraire, participe à des colloques et a créé des Ateliers De Plein Air dispensés à de jeunes publics, du primaire à l’université, et de publics migrants jeunes et âgés, apprenant la langue française, tant en France que hors de l’hexagone, à travers l’Europe.

Ces Champs de géo-poésie sont destinés à encourager les jeunes à apprendre « à lire les lignes de la terre », à voir pour savoir : le réel tel quel ; à cultiver une vision ouverte multidimensionnelle, destinée à utiliser des mots migrateurs privilégiant une ouverture transdisciplinaire pour s’assurer (en chemineaux de la terre), chemin faisant donc, de la vitalité et de l’avenir de la langue française, capable de dialoguer avec les autres langues du monde, en cousines de paysages, tant intérieurs qu’observés dans le « grand dehors » et utiles à éclaircir la posture serpentine, flexible, critique et bienveillante de – l’être au monde du vivant & des choses.

Membre de l’ARDUA, (association régionale des universitaires d’Aquitaine), du SIAM (société des amis de Montaigne), de l’ERCIF (équipe de recherche sur la création et l’imaginaire de la femme à l’université de Bordeaux Montaigne), sociétaire de la SPF (société des poètes français), du P.E.N. Club français, de l’Institut international de GÉOPOÉTIQUE, membre honoraire de l’Union des écrivains de Timisoara, Roumanie, critique littéraire auprès du CÉNACLE EUROPÉEN FRANCOPHONE de Poésie, des Arts & Lettres de Paris, elle est par ailleurs gérante d’une société de prestations géologiques.

Rome Deguergue reçoit de nombreuses distinctions, dont le Premier Prix ARDUA dans la catégorie « recherche de création littéraire », Bordeaux ; le Grand Prix de l’Académie des Sciences Morales, des Arts & des Lettres de Versailles ; deux Médailles d’Argent de l’Académie Internationale de Lutèce, Paris ; le prix Michel de Montaigne ; la Mention d’Excellence au 15e concours littéraire du CEPAL (Centre Européen pour la Promotion des Arts et des Lettres)… Et pour l’ensemble de l’œuvre : le Grand Prix de la Société des Poètes Français, décerné sans candidature et remis au siège de la Société, rue Monsieur le Prince à Paris ; le Prix ARDUA, (Association Régionale Des Universitaires d’Aquitaine), prix qui distingue un écrivain en instance de renommée, remis à l’Hôtel de Ville de Bordeaux, dans les salons du Palais Rohan…

Son écriture est égrainée depuis 2003 dans plus de trente titres en des genres pluriels tels : p(r)oésie, géo-poésie, entretiens, essais, nouvelles, contes, théâtre, communications, recensions et articles critiques. Pour part traduite en 15 langues, elle est étudiée dans des collèges, lycées et universités européennes, où elle fait notamment l’objet de travaux de recherche.

https://romedeguergue.wordpress.com

________________________________________
[1] Les accords de Paris du 23 octobre 1954 prévoient notamment un statut européen pour la Sarre dans le cadre de l’Union de l’Europe occidentale (UEO). Lors du référendum du 23 octobre 1955, les Sarrois se prononcent contre ce statut européen et optent pour le rattachement de la Sarre à la République fédérale d’Allemagne à partir du 1er janvier 1957.

 

Fenêtre ouverte / Ventana abierta, anthologie de poésie bilingue sous la direction de Maggy De Coster, 2017 éd. Desnel, Martinique.

 

« Près de cinquante poètes sont réunis dans cette anthologie. Mais ils ne sont pas qu’un bouquet qu’on tiendrait dans une main. Ils sont une fenêtre ouverte. Telle est en effet la volonté de Maggy De Coster, qui les a choisis avec Alexandra Botto pour présenter à l’Université de Nuevo León du Mexique des poètes français et francophones vivants. L’originalité de cette édition est de proposer des poèmes écrits en français et traduits en espagnol. C’est cela qui résonnait à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, dans une lecture bilingue, lors de la présentation de cet ouvrage publié par Idem éditions dans la collection Réel merveilleux dirigée par Suzanne Dracius. L’éditeur, qui a assumé cette publication, a donc voulu faire aboutir un projet né de la volonté de deux poétesses, Alexandra Botto et Maggy De Coster, et qu’une troisième, Suzanne Dracius, a souhaité concrétiser. Elles mettent, ce faisant, en oeuvre cette affirmation de Paul Eluard : La poésie doit avoir pour but la vérité pratique.

Texte de présentation de l’anthologie extrait du site Main tenant, 2017.

Poèmes bilingues français / espagnol, traduits par Maggy de Coster

Rome Deguergue (Francia)

Nació  en  1952  en  Armentières.  Después  de haber  peregrinado  durante  dos  decenios  en Europa, Arabia, Irán, USA, Rome Deguergue, franco-italo-alemana volvió hace unos años a la  Aquitania  de  su  adolescencia,  a  fin  de dedicarse  a  la  escritura  en  francés  (deber  y poder  de  memoria,  geo-poesía),  a  la traducción y a la creación de Talleres Al Aire libre  (ADPA)  —  destinados  a  públicos migrantes  y  públicos  jóvenes  a  los  que encuentra  a  través  de  Europa  —  con  el objetivo  de  utilizar  “palabras  migratorias” para  asegurarse  de  la  vitalidad  de  la  lengua

francesa,  capaz  de  dialogar  con  las  otras lenguas del mundo.

 

Originaux en français suivis des traductions en espagnol.

 

  1. Femme torero

cavalière au corps

dévoilé las ! je combats

à  la  vie  à  l’ a m o r

 

  1. Pas d’ici sans ailleurs

victime là-bas

humiliée insoupçonnée

ici près de toi

 

  1. Femme

ô femme choisis

l’offrande de chairs mêlées

d’œuvres pétrifiées !

 

  1. Le peintre et le modèle

femme lascive

offerte à celui qui peint

ne voit pas l’œuvre

 

  1. Le modèle et le peintre

simple modèle

dévoré par regard fou

rivé au pinceau

 

  1. Rêve

Oh toi sereine

Odalisque de Matisse

croque* l’homme nu !

  1. Mujer torero

¡amazona de cuerpo

descubierto cansado! combato

hasta la muerte

 

 

  1. No hay aquí sin otro lugar

víctima allá

humillada insospechada

aquí cerca de ti

 

  1. Mujer

¡oh! mujer ¡escoge

la ofrenda de carnes mezcladas

de obras petrificadas!

 

  1. El pintor y el modelo

mujer lasciva

ofrecida al que pinta

no ve la obra

 

  1. El modelo y el pintor

simple modelo

devorado por mirada loca

remachada al pincel

 

  1. Sueño

Oh tú serena

Odalisca de Matisse

!mordisca* el hombre desnudo!

Note de la traductrice : * “croquer”: tiene también el sentido de “mordiscar” y “bosquejar”.

 

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