Présentation de R.D. par Michel Bénard

1 – Présentation par Michel Bénard

Poète, peintre, lauréat de l’Académie française, chevalier des arts & des lettres

Sans titre 9

Pourquoi écrire ?
Pour ne pas devenir fou de cette ivresse blanche
qui est le sang de l’écriture
Kenneth White

*

    Enfin, quelle belle et heureuse initiative que cette présentation même partielle de Rome Deguergue, qui va permettre de mieux aborder dans des strates et magma contemporains les empreintes de gemmes précieuses. Rome Deguergue ! Poète, romancière, traductrice, créatrice et animatrice d’ateliers de géo-poésie. Sans conteste, tous ces aspects à la fois, tout simplement quelques parcelles visibles d’une globalité vaste et profonde. Un tout où tout est un et unique !

    Il est évident que nous sommes ici confrontés à une inconditionnelle de l’art de la plume, une disciple du verbe d’altitude. Son écriture oscille toujours de la rigueur à la beauté, de la réflexion à l’imaginaire, de la révélation à l’étonnement. Gravant toujours son sillage sur les paysages et les chemins de la terre où l’humain est de passage.

    Rome Deguergue est née sous le signe de la dualité séparative et de l’exil permanent lié à la pluralité des nationalités, d’une mère allemande, italienne et d’un père français. Sa posture se situe toujours entre l’enclume et le marteau dans ce lourd contexte d’une Allemagne qui culpabilise en majeure partie de devoir supporter le poids des ignominies des nazis, mais qui fût lamentablement anéantie par un acharnement peu explicable de l’enfer des bombes anglaises et américaines qui ne décimèrent en fait qu’une population d’enfants, de femmes et de vieillards, civils innocents et prisonniers du régime totalitaire. Était-il si nécessaire de rajouter les noms de ces victimes à cette effroyable liste d’une guerre sordide et de folie hitlérienne ?

    Quant à la France, elle n’avait de mots que pour crier sa haine de l’ancien occupant et de tout ce qui y touche de près ou de loin, avec tous les arbitraires que cela entend, sans aucune autre forme de procès. Lourd contexte pour une enfant dont la seule « culpabilité » est d’avoir le sang des deux nations qui coule dans les veines et  font battre son petit cœur.

    Cependant il y a du bon en tout, et sans aucun doute est-ce le jumelage de cet « handicap » qui fît de Rome Deguergue la femme brillante, l’écrivain engagé et incorruptible qu’elle est devenue. Une belle et généreuse nature entière, au courage et à la volonté immunisés contre les flammes de tous les buchers. Une âme sans faille, hors du commun qui place ses lecteurs au pied d’une œuvre se colorant de toutes les nuances d’une large palette humaniste où « chaque langage n’est qu’une expression parmi toutes les autres langues du monde » ainsi qu’elle le dit, l’ayant éprouvé. Cette voie est celle que prennent naturellement ceux qui d’emblée furent marqués du sceau de l’adversité, elle se veut humaine, trop humaine !

    Grande voyageuse, Rome Deguergue demeure en permanence dans cette situation d’exil sur les routes de soie de sa mémoire, où celles de Damas ; elle nous permet de réfléchir, de nous recentrer, elle tient à nous remémorer que nous ne sommes tous que des  nomades, des métis, des déracinés, des pèlerins, des Wanderers.  Sa double, triple, voire quadruple culture associée à l’action et au développement géo-poétique sont ses leviers principaux au service de la connaissance, de l’échange, du don de soi, utile à offrir simplement pour mieux recevoir aussi, tel est son modus vivendi.

    Qui oserait douter que Rome Deguergue est un grand écrivain ? Personne ! Si l’on prend le temps de lire son œuvre au fil de ses degrés, de s’en imprégner, de la dépouiller en filigrane. C’est une écriture en démultiplié, une intronisation de haute lisse qui doit se mériter, nous sommes bien ici aux antipodes de la seule consommation livresque, nous croisons les latitudes et longitudes d’un esprit passionné par l’être au monde.

    C’est le cœur qui s’offre et s’ouvre comme un fruit gorgé de sucs riches et parfumés. Oui, pour elle l’écriture stigmatise une manière d’être et de voir le monde, une résurrection, sa route de sel ou de soie, selon ! Issue de l’ expérience, cette écriture ouvre son éventail sur tous les plans de l’authenticité, de la vérité ; Rome Deguergue ne triche pas, elle se présente à nous drapée dans sa toge de crédibilité, d’ailleurs ne la trahissez pas, ou évitez là, car elle aura tôt fait de vous refermer sa porte au visage et de vous faire reprendre votre place. Pour elle, nous nous situons actuellement beaucoup trop dans le discours stérile, démagogique, dans la dispersion de notre principe de penser. Nous évoluons dans une forme d’éducation trop inconsistante, trop superficielle, « de réflexions hybrides » dit-elle,  nous vivons dans le fugitif, en surface, c’est l’aire du « zapping » sorte de pandémie mondialisée fatales au structures portantes des générations futures, risquant de se retrouver sans véritables points de repère, ni code de société.

    Alors pour Rome Deguergue, il devient vital de retourner aux fondamentaux, aux fondations du savoir et de l’éducation. Le laxisme ambiant, la démission facile sont des maux devenus planétaires qu’il serait grand temps d’éradiquer ! Cette volonté de retour aux fondamentaux n’équivaut en rien à demeurer dans l’immobilisme ou la fossilisation chronique, mais précisément d’avoir pleinement conscience que l’on ne peut ériger les voies nouvelles du devenir que sur les bases solides et traditionnelles ayant acquis leurs lettres de noblesses et fait leurs preuves. Sans les premières pierres dressées, les pyramides, les cathédrales, nos plus belles réalisations architecturales contemporaines n’existeraient pas !

    C’est pourquoi Rome Deguergue place l’écriture, acte premier de l’humanité et la poésie là ou leur propagation, leur résonance sont le plus efficaces à la faveur d’un nouveau mode de penser, de regarder, de ressentir. Si nous ne demeurons pas vigilants, Rome Deguergue a conscience que nous allons très vite basculer dans le « prêt à penser, » tout comme il existe le prêt-à-porter ou le prêt à consommer. Il devient donc nécessaire à ses yeux de réapprendre à respirer de nouveau avec le monde et non pas de continuer à l’anéantir aux profits des petits intérêts politiques, des corruptions, des archaïsmes, des déshumanisations qui font loi actuellement, jusqu’à devenir des pratiques quotidiennes.

    Rome Deguergue voit encore en la poésie un principe de vie, une belle source d’énergie nouvelle qui pourront peut-être nous restituer un peu plus d’intelligence, d’où l’intensité de son action géo-poétique nuancée, dans la mouvance de Kenneth White, et dispensée tous azimuts, tant en France qu’hors de l’hexagone à de jeunes publics.

    Incontestablement, l’œuvre de Rome Deguergue se mérite, car si certains sont unanimes pour y voir un  écrivain singulier, affirmé, riche, particulièrement attachant, personnellement j’y vois l’écrivain d’exception, le grand écrivain investissant tous les champs de la condition humaine, enivrant par sa multiplicité kaléidoscopique. Son expression excentrée et à la fois concentrée peut apparaître déroutante en ces périodes du partiel, du provisoire, des modes éphémères, qui croient défier le temps.

    Non ! L’œuvre accomplie et en devenir de Rome Deguergue se refuse à la lecture superficielle, elle impose la pleine page, le mot à mot comme on ferait du goutte à goutte à ce siècle déficient, malade de son arrogance obscure. Oui ! Il ne faut pas hésiter à le répéter, l’oeuvre de Rome Deguergue se mérite ! En effet dans son territoire nous nous trouvons bien à l’écart des fadeurs contemporaines insipides, formatées et aseptisées. Plus que jamais l’heure est venue pour Rome Deguergue de « décoller les étiquettes et de penser ailleurs » ainsi qu’elle le pense, l’écrit, le vit.

    Le livre support papier demeure à son sens encore la véritable valeur et garantie de pérennisation des œuvres, la plus crédible dans l’immédiat. Car que risque-t-il d’advenir à cette prolifération vulnérable de nos moyens de communications virtuels, de nos paroles, de nos confessions, de nos échanges épistolaires ? Tout est devenu si fragile, si volatile, si vulgarisé.  Ainsi Rome Deguergue dont tout le principe philosophique repose sur le durable, sur la pérennité des choses, nous invite à croire plus que jamais aux livres. Pas plus déconseillé pour l’environnement que tous les autres moyens modernes et dérivés de l’informatique. C’est sa manière de rêveuse consciente de vous dire qu’elle nous aime, qu’elle prône l’échange, le partage, l’ouverture, parfois elle voudrait même marcher avec vous chers lecteurs comme dans un tableau de Chagall, là où la vie prend soudain l’apparence d’un rêve éveillé sans jamais perdre les liens avec la réalité.

    Sans doute est-ce ici son cri d’anti-oppression, d’anti-totalitarisme, d’anti-obscurantisme, avec pour unique perspective la possible récolte de quelques petits grains de bonheur. Ne dit-elle pas ? « La parole qui manque rend la confiance originelle, celle qui induit qu’il y a toujours un peu de bonheur à trouver quelque part ».

Sans titre 9

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