Géo-poésie

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Crédit photos  © PYLF

Sans titre 9

                    http://institut-geopoetique.org/fr

 

Cheminement en géo-poésie via la Géopoétique


1 – Essai 

2 – Extraits de géo-poésies

3 – Initier ou éduquer à la poésie (26e biennale internationale de poésie, Liège, Belgique)

4 – Recherche pictotofographique par apprentissage du regard sensible chez Patrice Yan Le Flohic, dit PYLF principal illustrateur des ouvrages de R.D.

 

 

1 – Cheminement en géo-poésie via la Géopoétique

 

Comment en est-on arrivé là ?

Tout est parti du choc éprouvé dans la seconde partie de mon enfance, à l’arrivée dans le sud-ouest de la France. Choc émotionnel indicible introduit par la polysémie du sentiment océanique[1] ; ici traduit en un ample va et vient entre l’intériorité et le grand dehors, entre contemplation et méditation, profonde joie inexpliquée générées par le regard porté sur l’horizocéan ; la – totalité du paysage objet infini dédié à l’observation attentive – tous sens confondus – des grandes amplitudes et autres mouvements puissants des marées d’équinoxe bleus émeraude de l’océan atlantique frangé d’écume murmurante affleurant sur le long cordon littoral raisonnant / résonnant d’explosions salines frappant, érodant les blockhaus de béton/tombé et peuplé d’appels d’oiseaux de mer navigant dans de vastes ciels purs ou encombrés, en contrepoint à ceux : sombres, bruns et verts, plus « ramassés » en un lieu sans grande perspective, sans vue élargie, autre que sur les crêtes des collines et en œuvre dans les profondes forêts sarroises de la petite enfance, habitées de biches et de lièvres farouches, résonnant de cris d’animaux diurnes et nocturnes souvent invisibles, et balisées par d’impressionnants amas de roches grises.

Paysages fondamentaux

Il s’agit ici par conséquent de mes deux « paysages fondamentaux » auprès desquels entre deux escales, il me sera toujours indispensable de cheminer, comme lors d’un « retour au pays natal », un recours à la forêt et au rivage blond et serpentin où pratiquer une marche soutenue prédispose à un état de sérénité, d’admiration et de créativité non galvaudées.

Déplacement

Qui découvre un nouvel univers peut s’attendre à un nouvel élargissement de son horizon tant mental que physique ; embrassement et saisissement du vaste, de l’élevé[2] dotés d’énergie, de mobilité et d’activités en œuvre, suscitant chez moi, très jeune, le goût d’habiter la terre en poète[3], le plus complètement possible, par la pratique sportive ; en Wanderin ; arpentrice mue par un intérêt croissant pour les sciences et le désir de trouver un équilibre, une interpénétration de l’art humain, trop humain[4] avec l’art de la nature. Et ce, par voie de conséquence suite au choc d’une rupture, d’une perte, d’un déplacement. Choc. Double, voire triple : affectif, linguistique et géographique.

Vocables

Le vocable maternel n’est plus collé à la langue, est lui aussi – déplacé, mis au grenier et à la cave de la mémoire ajourée (par force dans cette France des années soixante du siècle dernier encore rétive à accepter ma différence germanique), mais la nouvelle langue sérieusement dispensée et acquise permet par la suite de poser des mots éprouvés sur les nouveaux paysages traversés.

Formation / déformation écumes vagantes du dire livresque

Il s’ensuit, après deux décennies de vagabondages ponctués de lectures de textes majeurs, la rencontre / révélation avec les travaux de Kenneth White et de son épouse, Marie-Claude White au sein de l’Institut de Géopoétique. Les photographies de cette dernière, objets du recueil intitulé « Art naturel ou Artefact – La photographie comme medium de la connivence » me plonge toujours dans une profonde méditation et j’évoque ici volontiers la série Géomorphoses où Marie-Claude White  (je la cite) : « trouve les pistes [qu’elle veut] suivre : la grève, l’oeil attentif aux formes naturelles, le rapprochement de la nature et de l’art, la connivence de l’homme avec le monde ». Dans la série Zone boréale (dont j’ai la chance d’avoir un exemplaire sous la forme d’un tableau), j’observe aussi avec un intérêt  toujours renouvelé la représentation au plus près de fragments d’écorce de bouleaux évoquant le tracé d’une ancienne carte ; une archipélisation ; une chaîne montagneuse ; un paysage oriental ou bien encore un vieux parchemin, comme autant de prises / points de vue, d’axes directionnels électifs du regard qui sont – de fait – troublants et confondants : parties d’un tout de la nature artiste[5].

Décodage de l’encodage

Avant ces lectures qui devaient me faire accéder à « un champ d’énergie inédit, à un nouveau paysage de l’esprit »[6], ou plutôt à une – confirmation, sorte de décodage de l’encodage personnel qui s’est déjà imprimé en moi – je m’étais comme chacun de nous employée à déchiffrer les signes, les conséquences – sur la pensée et sur la vie vécue au plus quotidien des quotidiens d’expériences plurielles, tant intérieures qu’extérieures, collationnées durant les années pérégrines de « dérive naturelle », dans le sens d’inhérente à la jeunesse en recherche pour trouver, et ce à travers l’Europe, les États-Unis, l’Arabie, l’Iran…

Transmission

Chemin faisant, tout en poursuivant mon activité au sein d’une  structure de prestations géologiques, le désir de transmettre cette expérience nomade singulière, ressentie comme une urgence – pour un regain de vitalité et un replacement de l’être au monde dénote ici sans doute un état d’esprit d’ouverture, simple prolongement intuitif d’une manière de fonctionner, de par mes origines, (enfance bouleversifiée, sensation d’avoir une roulotte dans la tête), les voyages, la curiosité, le goût d’un monde plus juste, honnête, confiant et plus enlevé, ouvert au débat, au dialogue, à l’autre, à moi-même, à la lecture des lignes de la terre, dont l’esprit humain seul peut délimiter les frontières.

Respiration & marche en avant désentravée

Dans cet espace élargi, mouvant, vivant, chaloupé par les saisons, le temps météorologique, cosmique, chaoscosmique, la respiration se cale sur le rythme des pas du randonneur-penseur, et cadence, imprime naturellement, un style singulier à l’écriture. Afin de tenter de gommer les affects qui entravent le penser, de laisser tomber les masques, comme on actionne un levier et de s’affranchir de conventions étouffantes, j’intuite une nouvelle plongée en Géopoétique.

Quid des jeunes publics ?

À cette époque, je prends conscience que l’Institut rassemble en majorité des penseurs, chercheurs, la plupart universitaires ; des adultes entre adultes. Quid des jeunes publics à former, sensibiliser, initier, désentraver, tirer vers le haut ?

Je réfléchis. Je marche. J’écris. Je me pose. Selon l’axiome : circulation / fixation. J’interroge les jeunes sur leur goût pour la poésie, les paysages, les voyages. Je cogite puis décide de pratiquer quelques expériences de terrain préliminaires. Et enfin, sentant que c’est le moment / es ist Zeit, j’émerge quelques années plus tard avec l’expression libérée et « décomplexifiée / décomplexée » – n’enlevant rien à autrui – d’une géo-poésie personnalisée, modulable, adaptée, en direction de jeunes publics francophones, et inscrite dans un recueil intitulé … de pluies & de saisons… traduit en quatorze langues du monde ; recueil qui est le support des –  ateliers de plein air –  véritables champs de géo-poésie que j’ai créés et dispense depuis lors à travers l’Europe.

Création des ateliers de plein air / champs de géo-poésie

Le corpus est composé de quatre poèmes du lieu : Oslo / Pékin / Portland / Arcachon, stigmatisés par les quatre saisons, traversés par l’aile de quatre oiseaux migrateurs ou sédentaires, et suivis de deux poèmes réflexifs : Antique demeure voix et voie et Circulation / Fixation consacrés à alimenter le questionnement à propos des changements survenus à la fin du voyage et de la proménadologie réflexive, tant géographique que mentale.

Ces textes sont les vecteurs de sensibilisation proposés aux jeunes publics et qui motivent la fabrication, dans la joie et le dynamisme, de brefs géo-poèmes, sortes d’instantanés, de haïkus occidentaux pourrait-on avancer, créés à partir d’un vocabulaire pluridisciplinaire, vaste champ lexical dans lequel puiser, afin d’infirmer la justesse des mots cueillis, éprouvés réellement dans le grand dehors, en exerçant le sens de l’observation, la critique, au cœur d’un fragment du lieu de vie, dans la conscience de ce qui s’y est passé, y passe et s’y passe, d’après l’adage : voir aide à savoir, et surtout de leur apprendre à voir[7] de manière constante, graduelle et répétée.

Comment « ça » marche ?

Dans un sac à dos / Rucksack indispensable à tout arpenteur du monde, quelques objets se côtoient : une boussole, un bout de ficelle, une corde plus conséquente, une boîte d’allumettes, une lampe-torche solaire, une carte géologique du lieu observé, un carnet de notes et un bourdon, (tous deux auto fabriqués), un petit crayon à papier à la mine assez grasse, des jumelles, une loupe, un capuchon, de l’eau, des biscuits et une barre de chocolat ; ce qui compose à mon sens l’attirail du randonneur, observateur, géo-poète en verve qui tente de comprendre les signes, les traces, de lire les pages du grand livre de la terre dans de nombreux chapitres, au sein de phrases, de mots clés, de formes et de styles tous inscrits à plusieurs niveaux et autres échelles de grandeur : à même le sol jonché de feuilles, à même les arbres habités, ondulants sous le vent ou la brise et qu’il foule et observe avec une grande attention, à même le ciel traversé, et à même, las ! : « l’étage géologique poubellien récent », un certain – work in progress[1]détourné de sa définition première et forcément sujet / objet de réflexions plurielles.

D’où partir pour aller où et comment ?

Il est ici question de savoir d’où l’on part et d’où l’on parle ; de quoi l’on part et de quoi l’on parle dans un mouvement réflexif pendulaire in fini permettant d’évaluer les différents regards, savoirs, de modifier les points de vue diffractés. Et selon les publics rencontrés d’aborder des éléments de compréhension du monde du vivant & des choses existants dans les disciplines telles, pêle-mêle : géologie, stratigraphie, minéralogie, géographie, topologie ; de réfléchir au temps pluriel ; à l’être sans avoir ; de porter l’attention au temps météorologique, de retrouver les points cardinaux, d’appréhender les accidents de terrain, les dénivelés, et d’embrasser, de tenir compte – tous les sens en éveil et le regard prolongé par l’esprit cultivé constamment en apprentissage dans l’atelier de l’aube[8] : du plus petit phénomène jusqu’au plus grand, sans omettre ce qui bruisse, s’agite, has its play[9] croit et meurt, au sein des règnes animal et végétal, dans le but de ressentir « ce » que ces pratiques et cueillettes intensives – désirées apportent comme informations et ce qu’elles peuvent modifier, drainer, lever en chacun de nous.

Apprendre à voir et à chercher

Apprendre également aux jeunes à chercher l’information – là où elle se trouve paraît ici important et ce, tant dans le réel, grâce à leurs moyens simplement et merveilleusement humains faits d’intuition, de passion et de curiosité, que via les moyens technologiques mis à leur disposition et qu’ils savent si bien utiliser, afin de leur faire prendre conscience du caractère résolument « hybride » de notre monde, et ainsi de mieux recevoir, différencier et transmettre les connaissances, les savoirs – des plus anciens au plus récents et de rester ainsi « en contact »[10) à l’affût, en postures diverses : verticale, horizontale, mentale, souple, attentive et accueillante, afin de ne pas troubler ou mieux : de ressentir, de comprendre les phénomènes de courants et de forces, de circularité, de circulation, attractions et répulsions et autres interactions en œuvre autour et sur la terre, le territoire. Celui de naissance. De vie et de mort. Du passage. Le territoire mental. D’exploration. Le territoire qui peut participer en tant que maillon d’une chaîne in finie à sa propre construction, consolidation identitaire, postée entre conservation et innovation, dans un ensemble dynamique, évolutif, « crédible »[2] où l’adage suivant de Maître Eckart pourrait leur être utile : Avance dans ton propre territoire et apprends à te connaître.

Au cours des – ateliers de plein air – dispensés à travers l’Europe, nous pouvons effectivement observer avec régularité que les jeunes sont volontaires pour faire des recherches à la bibliothèque ou sur la toile. Ils compulsent, tant des sites, des livres de géographie, des sciences de la terre, de poésie que les dictionnaires et (re)trouvent goût, dans l’allégresse à composer leurs textes de géo-poésie dans leur langue native ainsi qu’en langue française. Et ce faisant, ils remarquent qu’ils se sentent plus à leur aise, désentravés, mieux informés, dotés de ces mots précis d’un vocabulaire spécifique, d’abord inconnu, puis recherché et enfin trouvé par eux-mêmes, connu / inconnu / reconnu[11], tel un vocable porteur, vecteur de sens, véritable marqueur, jalon tangible de leur expérience éprouvée sur le terrain.

Restitution d’une part du réel absolu

Ainsi, cette pratique pédagogique – introduite de bouche à oreille, relayée par un premier contact via la toile avec le professeur de français et ses jeunes apprenants, suivie d’un séjour d’une semaine in situ – semble-t-elle, à cet endroit pilotée telle que la Géopoétique décline l’un de ses préceptes : Essayez de concevoir un espace mental qui ne soit ni mythique, ni religieux, ni métaphysique, ni psycho-sociologique, ni imaginaire et ce, de manière singulière et naturelle, prolongé en direction de ces jeunes publics par l’acception suivante que je livre telle une plaisanterie, mais qui les amène à réfléchir, après maints éclats de rire : « il n’y a ni de Pokémon, ni Mickey dans ce fragment de nature que nous voyons, étudions et désirons dépeindre à l’aide de sensations véhiculées par des mots précis ».

Il est intéressant de noter le comportement des jeunes avant et après. Avant : ce projet semble les ennuyer, et ensuite : ils demandent à quelle date aura lieu le prochain atelier. Éclairante est aussi la lecture de leurs géo-poèmes – créés en deux langues, la native et la langue française, (parfois même la langue régionale, le patois), accompagnés d’illustrations, de photographies, (apparaissant sur un diaporama), de créations d’arts plastiques, de musiques, de chants, de danses, de mise en espace donc, proposés lors de la restitution de l’atelier à un public élargi.

À la lecture des géo-poèmes, on s’aperçoit qu’il y a de la pensée poétique en œuvre dans leurs textes ; évidence limpide du fait que leur géo-poésie a été produite, fabriquée grâce à un mouvement de l’esprit rivé puis oscillant de l’objet au sujet même de la nature : universelle, puissante dans son immanence, sa permanence, distribuant inégalement ses dons, objet d’évaluation du goût, de complémentarité, d’exclusion, de création du lien, telle quelle… et dont nous faisons partie.

Enfin, grâce à la collaboration de professeurs de langues, d’arts plastiques, de sport, de sciences naturelles et de géographie… (se référer sur mon site à la sous-rubrique de Géo-poésie intitulée : Ateliers de plein air) un recueil est « fabriqué » qui devient la propriété de chacun des géo-poètes en herbe & en verve. Un exemplaire est déposé à la bibliothèque du lieu visité pour consultation in situ.

La boucle est ici bouclée. Nous pouvons nous déplacer ailleurs, afin de renouveler cette expérience qui – forcément et heureusement sera toujours la même et toujours différenciée, notamment en direction des publics citadins, en contrepoint à ceux  vivant en milieux ruraux, habitant les paysages de l’hexagone ou ceux se profilant hors de France et qui éprouvent une partie d’un tout, en un espace ouvert ou restreint, selon des critères topo-géoles. Thématique à creuser, afin de mieux appréhender les degrés de connaissances de base, puis celles à acquérir par les différents publics – avant l’atelier, dans le but de définir la nature du chemin à parcourir ensemble par la suite…

Pluridisciplinarité – la manière de…

Ce regard kaléidoscopique porté à travers le prisme de bribes de données issues des sciences de la terre, des mathématiques, déclinant physique et biologie, de la philosophie donne ainsi naissance à « la manière » de leur géo-poésie, puisée véritablement dans le réel absolu[12]. Une décennie (2003 – 2013) « d’expérience de terrain » plus tard, consacrée à – faire sortir – ces jeunes des écoles, collèges, lycées, universités et autres associations européennes (avec le souhait, sans doute un peu utopique de leur retour en ce lieu de culture générale, dotés d’une plus grande assurance, du désir d’apprendre à voir, et d’un petit plus élargi à…) – la preuve tangible est avérée – si tenté qu’il faille prouver quelque chose, que les jeunes publics (grâce à leur fraîcheur qui n’est pas naïveté, leur absence de préjugés) comprennent intuitivement que cette discipline est de fait : multidisciplinaire, tant innovante, « qu’évidente ».

Orientation différenciée de la pensée en œuvre et à l’écoute

Quelques jeunes me demandent parfois pourquoi « on » n’y a jamais pensé avant. À tout défricher, rassembler, éclaircir ainsi. Et c’est à cet endroit, une fois encore, que j’introduis – sans les commenter, les travaux de Kenneth White et communique l’adresse des sites de l’Institut de Géopoétique, des ateliers de Belgique et du Québec, et conseille quelques lectures. Ils perçoivent néanmoins avec une grande sagesse que beaucoup de choses leur échappent, les dépassent, mais que leur esprit a déjà pris une orientation différenciée et que le chemin de la recherche, de la découverte vient juste de débuter, comme la promesse d’une alliance-fusion entre leur moi poussière d’étoile, leurs mots éprouvés et la rumeur du monde, captée ici & maintenant.

Modification sensible de l’être au monde du vivant & des choses

Après avoir pris part à ces ateliers de plein air, guidés par le désir d’une expression « autre » en géo-poésie (qui émerveille et force admiration et respect, engageant à rejoindre la nature de toute urgence, à modifier de manière intuitive sa manière même de vivre), et cousine de paysages pluriels avec les enseignements de la Géopoétique, un jour sans doute, l’un ou plusieurs de ces jeunes deviendront-ils des chercheurs-témoins-penseurs-acteurs-conservateurs-innovateurs, attentifs et sensibles à la théorie-pratique applicable à tous les domaines de la vie et de la recherche qui a pour but de rétablir et d’enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu, avec les conséquences que l’on sait sur les plans écologique, psychologique et intellectuel, développant ainsi de nouvelles perspectives existentielles dans le monde refondé, ainsi que l’entend Kenneth White.

Qui sait ? Who knows? Wer Weiss? ¿quién sabe? And so on and so far…

 

R. D. Octobre 2013

 

1] Emerson, mais aussi Le « sentiment océanique » – un moi primaire qui englobe la totalité du monde – Freud qui écrit avoir « passé une très grande partie de sa vie à travailler à la destruction de ses propres illusions et de celles de l’humanité » cite pourtant dans un échange épistolaire son ami Romain Rolland, (idéaliste, théoricien de l’amour universel, très porté sur les utopies politiques et religieuses) pour qui la source de la religiosité est un sentiment particulier qu’il éprouve lui-même : une sensation d’éternité, de quelques chose de sans frontière, sans borne, océanique. Aucune foi ne s’attache à ce sentiment, aucune assurance de survie personnelle. C’est un phénomène subjectif indépendant des diverses églises qui le captent et l’absorbent. Tout le monde ne l’éprouve pas (par exemple, Freud lui-même ne ressent rien de tel). C’est un lien d’appartenance, ressenti comme indissoluble, à la totalité du monde extérieur. Lire plus près de nous : le « Traité d’athéologie », de Michel Onfray ; le « sentiment océanique » à l’assaut du rationalisme. Un ouvrage qui se propose de nous délivrer de l’asservissement aux doctrines religieuses, avec ce qu’elles supposent de soumission à des dogmes figés, de haine de la pensée, de la liberté et de la vie sensuelle et « La mystique sauvage », de Michel Hulin dans l’ouvrage duquel est en autres revisitée la question de l’ « afflux de félicité » impossible à réduire ou à expliquer, mais qui pose surtout le problème à ceux qui tentent de démystifier le « sentiment océanique », de ce surgissement, unanimement décrit, d’une « joie brute, massive, suffocante, indicible », cet « afflux de félicité en dehors de tout succès extérieur, social ou autre, en dehors même de toute découverte ou compréhension intellectuelle particulière ».

[2] Démarche de certains philosophes anglais du 18e siècle tels : Dennis, Shaftesbury, Addison.

[3] Friedrich Hölderlin.

[4] Nietzsche.

[5]« Une stratégie paradoxale, Essais de résistance culturelle » de Kenneth White ; « Kenneth White, nomade intellectuel, poète du monde » de Michèle Duclos ; parutions et travaux des deux ateliers de géopoétique, belge et québécois : l’Atelier du Héron (collection Pérégrins) et La Traversée. Institut International de Géopoétique créé en 1989  à Trébeurden par Kenneth White, penseur, chercheur, poète d’origine écossaise.

www.kennethwhite.org/geopoetique.

« Art naturel ou Artefact. La photographie comme medium de la connivence » de Marie-Claude White, La TILV, éditeur, 1997.

[6] Kenneth White ; se référer à son article, « Recours aux forêts ».

[7] Rainer Maria Rilke conseillait aussi de « présenter la vastitude, la variété, la complétude du monde sous forme de pures preuves », alors qu’Allen Ginsberg notait la « progression » de l’œuvre comme : « work in progress ».

[8] Paul Valéry.

[9] William Wordsworth « (…) to trace the primary laws of our nature (…) / pour suivre le chemin des lois primaires de notre nature ».

10] Thoreau.

[11] Martin Heidegger.

[12] Friedrich Hölderlin.

Lost in translation :

1 – Allen Ginsberg et 2 – Vaclav Havel.

 

 

 

 oc-an G Croho 2011

 

 

2 – Extraits de géo-poésie
issus du recueil
Visages de plein vent de R.D.

 

 

16

La terre est un mot qui

– embrasse la terre –

La pierre du chemin dit :

je fais un écart sur la brèche

Un mot a sa mutité

un corps sa nudité

 

La pierre & le mot percent

irruption du futur

traversent le muet

Météore & temps

fraction de parole

sur le rien du vivant

 

Sous la couche de poussière

infiltrée sous les paupières

le regard transi devient

l’ouverture de la matière muette

 

Comme disent encore les pierres :

la crudité traverse la parole inattendue

Sur un écart sur une brèche

le mot repart à sa tranquillité

 

Pour un oui pour un non

pour peu de choses désaccordées

Le mot par la bouche

touche à l’accord & prononcé

repart en désordre avancé


Le réveil du mot sur la cloche

devenue : v o i e

La neige de Tübingen par Hölderlin

ex-prime  &  im-prime

la blancheur pélagique de la v o i x

 

Et le terrestre de la parole résonne

à travers la lumière philosophique

de la fenêtre désencadrée

 

17

Déploiement de l’aile du dire

envol directionnel : LA DUNE

En contact vertical avec le sable

Le mot sable n’aide pas à le toucher

Se mêler à ses grains recréer un paysage

accordé d’accords à corps horizontal

 

Immédiateté de la joie du ça ciel de sable

à l’être suprasensible enroulé dans une

mer blonde qui chante : ozeanisches Gefühl

 

Le corps tangue plonge gravit et du lieu où

je me trouve je vois un nuage toucher la joue

de la dune et de l’index je suis son parcours

jusqu’à cette touffe claire d’oyat qui frémit

 

Vent & sable ires

dans les cheveux

les yeux entre les dents

Sable & vent ires

fouettent la peau nue

la toile du vêtement

et du Rucksack

 

Au loin près du Cap les déferlantes

de la Passe Nord signalent la muraille

gardienne de l’entrée du Bassin

&

l’océan

énervé

éparpille ses oiseaux

 

 

18

Sur d’obscurs sentiers il a marché le voyageur

arrivé à la porte de l’azur entre paisiblement

lorsqu’ il neige à la fenêtre & que la cloche du soir

résonne longuement au cœur de la saison sacrée

 

19

Chez soi comme poisson dans l’eau

chez soi mais où ? Dans quel monde ?

Connu  /  reconnu  /  inconnu

Inconnu  / connu  /  reconnu

Recréer la sensation de l’étonnement

Se libérer du connu…

 

20

Une feuille de chêne recroquevillée

blême rapide crisse au passage

Est-elle de cet automne

de l’automne précédent ?

 

Appartient-elle à cette forêt

geôlière malgré elle de la stabilité

de la dune ou vient-elle de plus loin

du Médoc des Landes de Dordogne ?

 

Je la poursuis…

Elle me précède…

m’ignore & s’enfuit

 

Comme elle    je suis     d’ici     &    d’ailleurs

Nous écoutons ensemble le chant de la nature

la plainte du vent soulever les grains de sable

tel sur   la   crête   des   dunes   de   Mingsha

 

Alors je pense   sans   mes   yeux :

à Laurent qui cherche le dire sur l’autre rive

du Neckar vers un autre Spitzberg

à Trakl : plus d’un qui est en voyage arrive

à la porte sur d’obscurs sentiers…

à Hölderlin prêtant une voix à la neige de Tübingen

à Pascal arpentant les Ardennes mit Heiterkeit

à Michèle aveuglée par le fauve des grand arbres

du Maine où Thoreau l’a précédée

à Jean-Paul redessinant l’archi-troglo. asiatique

 

Et puis je pense   à   plein   regard :

à ces autres espaces ouverts où tout être

en recherche devient l’ami de l’ami qui cherche

 

Course lente d’une archipélisation avancée

Appels lancés    d’ici…                 de là…

Onde      Frémissement     d’aile  en  île

du héron au cormoran      de la grue cendrée

au corbeau : ailes traversières d’orient en occident

Kyak  Kyak  Kyak  fait le choucas des tours

immobile sur une ligne de        transparence

entre           horiz           o                céan

Paroles croisées singulières lancées dans toutes

les directions & peut-être plus alors qu’on entend

 au loin l’écho amplifié des feux      des chasseurs.

 ARBORESCENCE

 

 

 

 

 

 

 Sans titre 9

 

 

Quelques lectures de l’arbre

 

 

Adossé au tronc pachyderme, les yeux clos, il remonte à petits coups de mémoire des siècles & des lunes. Il voit Adam, pressent Ève.

 

Juge-t-on un arbre par son fruit ?

 

Il agite son antenne droite. Reçoit une onde de Newton. Encore une histoire de pomme : résolution du problème de gravité.

 

Sur le buisson ardent s’accomplit le miracle, tandis que le Fils médite sur le mont des oliviers.

 

L’homme a tout, cependant il marche dans la crainte.

St Augustin se souvient, incline la tête.

 

Le psaume déambule sur un chemin d’errance bordé de cyprès, une route nomade, balisée par le permanent retour à la terre.

 

Descartes l’a écrit : l’arbre est organisation, hiérarchie, procède par dichotomie.

 

Mais Deleuze avance le rhizome : tout est à centrer,  non hiérarchisé. Anti-Oedipe !

 

Les polycentres se répètent : radieux.

 

Dérive à l’infini : tout est synergie.

 

Kant nous entraîne d’une nébuleuse primitive à un monde souterrain, visible céleste du gouverneur enraciné. Tandis que l’an II parle de la République autour de… l’arbre.

 

D’autres évoquent la généalogie.

 

Logique ?

 

Symbolisme religieux du druide à serpette dans le chêne de Saint Louis.

 

Beckett : En attendant Godot souvenons-nous ! Didascalies : une route, un arbre. Une route qui vient de nulle part  & ne va nulle part !

Absurde sublimé.

 

Un arbre dénudé, désespéré, au premier acte, quelques feuilles au second & même pas d’ombre !

 

Il n’est plus l’arbre-sauveur, dont est faite la croix du Fils.

 

Sans signification ?

 

Segalen s’endort à jamais sous la ramure. Il a terminé la lecture de son dernier ouvrage en pâte à papier & le chanteur de poursuivre : … sous mon arbre, je vivais heureux…, jusqu’à l’annonce de la …

 

Tempête de fin de siècle reprise de conscience de l’extrême lenteur de croissance de l’immobilité de l’arbre.

 

Abattu : trois siècles disparaissent d’un coup. Le temps des arbres n’est pas le temps des médias, du TGV, de l’avion.

 

Il ne connaît ni vitesse, ni gains, ni gains de vitesse.

 

Quand il est plusieurs, l’arbre est sombre & le jeune Werther s’égare dans une forêt obscure.

 

Où est-ce son géniteur ?

 

Pendant que les ingénieurs des siècles précédents l’alignent & l’alignent le long des routes, des motards en colère blessent le platane, à coups de tronçonneuse.

 

Une artiste américaine crée un artefact de plastique aux longs cheveux en métal bruissant

 

Ophélie ?

 

Quand tu l’approches, il pleure. C’est normal c’est un saule !

 

L’arbre dans le tableau est tâches de couleurs, à l’école de Barbizon. Seuls, Van Gogh et Matisse s’intéressent à sa structure.

 

Tout est dans la représentation : voie tachiste, voie impressionniste & puis sous les doigts, l’aspect ligneux, arborescent finit en abstraction,

 

Où chante l’oiseau

 

Utamaro a trempé son pinceau & sous le charme des fleurs virginales d’Asuka,

 

Où volent les oiseaux

 

Parmi les racines de l’armoise, il inscrit une trace durable au milieu des flots jaillissants de l’impermanence.

 

L’art des jardiniers. L’art des peintres.

 

Où demeure le sauvage ?

Quand commence le régulier ?

 

Le Nôtre voit un jardin tel

ungrandchantierexpérimental

d’aménagementduterritoire.

 

Aujourd’hui, comment se fait le partage entre la régularité & le sauvage ?

 

Le rapport entre l’homme & la nature technicisée, hybride ?

 

Les jardins scientifiques au cœur de la ville : des erreurs ?

Comment des places minérales interpénètrent-elles le végétal, sans jamais laisser deviner les limites de la ville, les limites du jardin ?

 

Nature / culture / architecture : chercher l’équilibre.

 

Géométrie réduite à peu de chose. Création d’échelles de stabilité de socle pour laisser parler les variations florales, la lumière & ses jeux, les rapports : vide /plein.

 

Alors, on va tous grappiller dans l’inconnu !

 

Il est difficile d’être génial sur commande & à chaque instant.  Work Work Work in progress !

 

Avancée dégelée de nos forces de compréhension.

 

Compréhension des lois de la nature

Représentation que l’on s’en fait ?

 

Ceux qui savent ce qu’ils font, parfois ne trouvent rien !

 

C’est dans la recherche perpétuelle, dans le Contact avec la nature conseillé par Thoreau que l’on risque de trouver ce souffle d’orgue improbable, cette ventilation.

 

Adossé au tronc pachyderme, les yeux clos, il émet un léger bruissement d’élytre, se relève s’éloigne lourdement, se retourne & jauge son père nourricier, des racines à la tête.

 

Long sifflement : la fameuse ventilation créatrice ?

 

Qui a dit qu’un petit hanneton de la Saint Jean ne s’adonnait pas parfois  à la réflexion ?

Sans titre 9

 

Variationen einer kapuzinerblumen-farbigen MorgendämmerungAuszug

 

Katze Eidechse Marienkäfer & Schnecke

Ein jedes geht auf dem Pfad zum Mond

Rabe Schleiereule & Schmetterling

Ahnen alles was geboren wird

 

In der Welt sein :

menschlich allzu menschlich

Unruhig zerbrechlich aus freiem Antrieb

Wie dieser chaoskosmische Garten.

 Unter feinem Asteroidenregen

Erkennen oh ! einsam Reisender

Den Klang der Glocke deines Dorfes

Kommunionsversprechen mit dem Himmel und

In diesen Bäumen & Pflanzen die Erinnerung

an reisende Mond- und Sonnensamen

Deutschland Spanien Polen Italien : Blautanne

Olivenbaum Feige Johannisbeere Granatapfel

Walderdbeere & Zypressen

In diesem zur Reise hin offenen Garten

Ganz nah so nah der Eisenbahngleise

Gräben Nebelschleier Überschwemmungen

Die trockene Erde wird rissig

Das Gedächtnis stöhnt

Mitten im mondbeschienenen Garten wirbelt

ein kristallener Ruf überspannte Luftspiegelung…

Nur die Stille – gewaltige Schönheit – antwortet ihm.

 

 Mondspuren, Sonnenpfade – Traces de lune, sentiers de soleil

Gedichte – Poèmes – Anthologie bilingue ETAINA Verlag 2009

 

Variations d’aurore capucine     extrait

 

Chat lézard coccinelle & limace

Tracent chacun le sentier vers la lune

Corbeau chouette & papillon

Pressentent tout ce qui va naître

 

L’être au monde humain trop humain

Inquiet fragile volontaire comme

Ce jardin c h a o s c o s m i q u e

 

Sous  une  fine  pluie  d’astéroïdes

Reconnais ô !   voyageur solitaire

Le son de la cloche de ton village

Promesse de communion avec le ciel

et

Dans ces arbres & ces plantes le souvenir

De graines pérégrines de lune et de soleil

Allemagne   Espagne   Pologne    Italie :

Sapin bleu    olivier    figue   groseille

Grenade      fraise des bois & cyprès

Dans ce jardin ouvert au      voyage

Tout près     si près de la voie ferrée


Trous voiles de brumes          inondations

La terre sèche craque & la mémoire gémit

Au centre du jardin  i l l u n é  tournoie un

Appel de cristal mirage         extra-vagant…

Seul le silence – beauté violente – lui répond.

 

 

Sans titre 8

 

3 – Initier ou éduquer à la poésie

XXVIe Biennale Internationale de Poésie, Liège, Belgique
du 6 au 9 octobre 2010

Rome Deguergue, poète, écrivain, traductrice
gérante de la société de prestations géologiques, GEOLOG

Résumé de la communication

Initier ou éduquer à la poésie ?
(Atelier II)

Comment éveiller le lecteur adulte et les jeunes publics
à la culture, l’identité & à la poésie du lieu pluriel ?

En déclenchant l’intérêt, la curiosité du lecteur adulte ou jeune public eu égard sa propre histoire familiale, via la redécouverte des objets contenus dans les vitrines et autres albums photographiques conservés par les générations précédentes et témoins de saveurs, de clameurs polyglottes, de coutumes, de paysages, de savoirs faire ancestraux.
Des bribes de biographies d’histoires humaines européennes vraies et fictionnelles, illustrées par des photographies en noir et blanc jalonnent certains de mes recueils de poésie. Ces véritables « vitrines européennes » instruisent sur des modes de vies datés, des biotopes revisités en un va et vient de l’extérieur vers l’intérieur, par comparaison et différences re-connues, et dynamisent, encouragent la critique ductile, les efforts d’avancées citoyennes, énoncent l’espérance utopique ou prophétique d’une société pacifiée, tournée vers la reconnaissance des identités historiques, le tissage culturel, le brassage des arts et des savoirs.
En direction des jeunes publics, auxquels je rends visite dans leur lieu de vie, d’étude et de réflexion de par l’Europe, j’ai créé il y a quelques années des « ateliers de plein air » destinés à leur donner à voir pour savoir, à lire, à traduire les « lignes de la terre » et ce de manière tangible, afin de composer une poésie du lieu pluriel, en deux langues-monde : la langue native et la langue française qui cette dernière côtoie et tutoie les autres langues monde, ni plus, ni moins.

 

Comment éveiller le lecteur adulte et

les jeunes publics
à la culture, l’identité & à la poésie du lieu pluriel ?

Nous tenterons de répondre à cette question plurielle à l’aide d’exemples éprouvés dans la réalité et concernant tant le public adulte que les jeunes publics.

En effet, d’une part, les bribes de biographies d’histoires humaines vraies et fictionnelles, illustrées par des photographies en noir et blanc qui jalonnent certains de nos ouvrages de poésie sont les vecteurs déclencheurs d’intérêt et du désir d’en savoir davantage. Ainsi, les propres vies de ses familles souvent négligées le regardent et l’interrogent.

D’autre part, nous avons créé à l’endroit des jeunes publics, il y a quelques années des « ateliers de plein air » destinés à leur donner à voir, à lire, à critiquer ce que les géopoètes nomment les « lignes de la terre » et ce de manière tangible, afin de composer une poésie du lieu en deux langues-monde : la langue native et la langue française, lorsqu’il s’agit d’apprenants francophones, francophiles.

Le succinct développement proposé ci-après, en six points, a pour but d’étayer certains éléments de réponses à la question de l’Atelier II : « Initier ou éduquer à la poésie ?». Nous nous permettrons tout d’abord de présenter le mode d’emploi des « ateliers de plein air » et ensuite de formuler quelques remarques élargies, à propos des conséquences immédiates de cette initiation qui elles-mêmes ouvrent sur des travaux de recherches et autres perspectives d’activités dans des domaines transdisciplinaires.

1. Mode d’utilisation des « ateliers de plein air » (ADPA)
2. Conséquences immédiates et à plus long terme de cette pratique
3. Autres travaux de recherches
4. Langue(s), création, traduction(s), liens et lieux de passage
5. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Grâce à quels outils, quelles avancées ?
6. Le territoire et la langue du poète

 

1. Mode d’utilisation des « ateliers de plein air » (ADPA) champs de géo-poésie

Nous tenons à souligner que nous choisissons invariablement le lieu de ces ateliers dispensés hors de l’hexagone en fonction des structures d’accueil de petite ou de moyenne taille, de leur éloignement des grandes villes, (autant que faire se peut), en des endroits où les Centres Culturels Français et les organisations de la Francophonie interviennent peu ou prou, afin d’y être le plus utile possible. Les prises de contact avec les écoles, les collèges, les lycées et autres universités s’effectuent de bouche à oreille, de courrier en courriel. Ainsi, un enseignant intéressé par cet aspect d’initiation à la géo-poésie nous contacte-t-il et nous étudions ensemble la meilleure manière de poursuivre cette éducation d’un genre poétique ici enseigné de manière flexible avec ses classes d’apprenants le français (L.E. 1 ; L.E. 2 ou L.E. 3 ; qu’importe le niveau des élèves, l’essentiel étant la mise à contribution des cinq sens et la cueillette de mots en extérieur, mots qui affleurent spontanément dans la langue native ou française).

Cette manière d’agir est un acte essentiel pour celui ou celle qui s’emploie à rendre visite à de jeunes publics dans leur propre biotope, par le biais de cette invitation à exercer un balayage du regard aux quatre vents ; initiation qui se transforme peu à peu comme nous pourrons le constater ci-après, en quête d’identité, de dialogue, monnaie d’échange sans argent, et morale, droit de circuler en toute liberté, distanciation de tout affect déformant l’âme et le jugement. C’est un acte mu par le désir d’ajouter du bonheur dans la vie des enfants. De protéger la joie. D’en libérer les forces. De la faire jaillir en les aidant à faire une lecture des lieux, sorte de cartographie de l’espace dans l’espace, à découvrir le monde tel qu’il est « le seul que nous connaissions » et ce par une sorte d’élévation verticale en contact avec la nature et les mots pour dire la nature.

Pourtant la géopoésie (en un mot) est sans doute encore autre chose, une autre science qui a ses définitions, déclinent ses sources, ses fondements et ses limites incluses dans un ensemble appelé : Géopoétique , cette « autre cartographie mentale » que nous a si bien illustré Kenneth White ici même, lors de la XXVe Biennale Internationale de Poésie. Nous avons conscience de ce voisinage méthodologique en archipélisation, mais nous ne marchons sur aucune plate bande, n’enlevons rien à personne. Nous désirons simplement, instinctivement que la géo-poésie puisse être conjuguée par le plus grand nombre de personnes en voie d’éclairement subtil et graduel, notamment les jeunes publics.

Mais ici la poésie du lieu recouvre un aspect plus nuancé en cela que l’apprentissage du regard débute effectivement en extérieur, qu’il se poursuit dans un jardin public, puis dans le jardin de grand-papa, dans les champs alentour, dans la grange, l’écurie, dans le propre potager des enfants, et entre insensiblement dans la demeure familiale où sur les rebords des fenêtres, dans les différentes pièces, ce fragment de « nature », irruption du dehors dans l’intérieur, illustré par des plantes, des fleurs, la rumeur des animaux domestiques se fait décor, habitudes de vie volontairement installées dans le quotidien des familles. Ainsi du champ d’action général, vaste, ouvert revient-on par un effet pendulaire inversé vers le singulier, l’intime. Pour connaître. Pour rassurer. Pour inviter à comparer. À cet endroit, intervient enfin l’invitation à poser le regard sur les bibelots contenus dans les vitrines et sur les photographies des albums de familles, où les coutumes sont questionnées, les vivants d’hier retrouvés, grâce aux souvenirs des aînés, transmettant ainsi aux enfants leurs connaissances plurielles. Ce qui a pour conséquence d’enthousiasmer les jeunes publics et de les distraire de leurs occupations contemporaines qui incarnent cependant pour eux des repères, des codes sociaux, codes de reconnaissances incontournables, vis-à-vis de leurs camarades, notamment. Il nous semble que tout moment permettant à plusieurs générations de se retrouver pour communiquer est important.

En effet, l’enthousiasme des enfants, leur éveil au monde du vivant et des choses, ainsi que le fait de retrouver en leur compagnie les « traces et autres signes de fabrication de la vie » symbolisent les seuls critères auxquels nous désirons nous référer. Même ceux qui au départ n’aimaient ni l’écriture, ni la poésie participent à la cueillette des mots en extérieur et à la rédaction d’un poème bref, truffé de leurs observations du paysage tangible, de la terre comme du ciel, traversé par l’aile de l’oiseau migrateur, dont le temps n’est pas celui de l’homme, mais celui de l’instinct des saisons pour sa survie. Ce qui a pour conséquence, non négligeable, avons-nous constaté de modifier leur manière de penser, d’une part le passé, d’autre part l’avenir, en un va et vient, d’une ampleur relative, conférée par leur jeune âge, empreinte de fraîcheur, de critique spontanée, authentiques.

Lors de ces ateliers menés en extérieur, les jeunes gens observent, mesurent, dessinent, cartographient, commentent et photographient ce qu’ils ont devant les yeux. In situ, ils apprennent patiemment à voir, à se repérer, à comparer, à faire des relevés topographiques. Ils sont même volontaires, ensuite pour faire des recherches à la bibliothèque. Compulsent des livres d’histoire, de géographie, de géologie, de poésie et les dictionnaires. Chaque activité vécue, éprouvée, nourrit ainsi la suivante. Porteurs de nouvelles énergies et pulsions, de nouveaux rythmes et autres formes d’expression du langage, ils sont réellement des découvreurs, des aventuriers, des randonneurs qui analysent leurs trouvailles, une fois rentrés au « campement » (sous le préau de la cour d’école) à l’aide de mots-outils, tels que : points cardinaux ; rumeurs ; couleurs ; strates ; odeurs ; vents ; formes ; terre ; températures ; temps pluriels ; passages ; transformations ; animal ; végétal ; minéral ; espèces ; vie ; non vie, etc. ; mots-outils qu’ils reformulent ensuite selon la forme et l’accent poétiques qu’ils désirent donner à leur texte de création à partir de l’étude du site étudié.

Ainsi, chaque enfant marche-t-il un peu plus à l’extérieur de lui, avec ses camarades, et un peu moins dans sa tête. Il a l’impression d’être à sa place dans le monde, de mieux « se » et « le » comprendre, puisqu’il saisit que, comme lui, ce fragment du monde évolue. Il apprend à – être au réel – ce qu’il est. Participe à la fabrication artisanale d’un recueil de géo-poésie au sein d’un groupe, assistés par quelques professeurs de langues, d’informatique, de musique, de sport, gagnés à leur cause. A la fin de l’année, à la nuit tombée, ils donnent un spectacle, soit sur la scène de leur théâtre, soit en plein air sur le site étudié et y invitent toute l’école, les autres professeurs, leurs familles. Ils théâtralisent librement leurs poèmes, tous vêtus de chemises blanches, dans les deux ou parfois trois langues choisies, (la troisième pouvant être la langue locale comme ce fut le cas en Emilie Romagne) s’accompagnent musicalement, alors qu’apparaissent sur grand écran leurs dessins et autres photographies, les cartographies, ces « collages de nature », comme ils les nomment.

 

2. Conséquences immédiates et à plus long terme de cette pratique

Nous avons noté qu’au cours de cette pratique, aucun enfant, aucun adolescent, grâce aux consignes données de ne cueillir que ce qui est là pour de bon, devant, dessous, au-dessus ou derrière soi, n’a jamais découvert de « Pokémon », « Spiderman » ou « Mickey », perchés dans un arbre ! Ils ont rapidement intégrés que ce qu’ils voient n’est pas imaginaire ou légendaire ou sorti d’un conte de fée, du religieux ou encore d’une bande dessinée. Ils acceptent le postulat : c’est, ou ce n’est pas. Ainsi, pendant cet atelier mené autrement, ils apprennent à s’exprimer en au moins deux langues monde, à partager, à argumenter, à rationaliser, souvent à leur insu. Et ce, au grand étonnement des professeurs et surtout à la grande satisfaction du directeur de l’École, qui au départ se méfie bien un peu de cette démarche qui entraîne les jeunes apprenants hors de la classe.

En effet, la pratique de ce que nous qualifions de Mini stage alphabet de terrain, en direction d’élèves d’écoles primaires, élémentaires, collèges et lycées, et au-delà, contribue à mettre l’accent sur l’importance de l’apprentissage du sens de l’observation, regards singuliers et croisés de plusieurs enfants, portés sur un seul et même lieu, au même moment. Lieu géologique. Géographique. Lieu de vie. De passage. De mort. Historique. Littéraire. Artistique. Du patrimoine. Lieu de parole et de l’esprit. Enfin, lieu de mémoire contre l’oubli. Panorama à embrasser du regard ex.- et intérieur. Dans le but de prendre conscience de leur être au monde, des trans-formations naturelles (immanentes, permanentes), géologiques, végétales, animales, ou du fait de la main de l’homme, tout en s’exerçant à « apprendre à voir », comme suggéré par le poète autrichien, Rainer Maria Rilke. Mais en même temps d’utiliser son regard critique, de laisser affleurer les remarques et de cultiver une certaine allégresse, malgré… tout, dans la meilleure connaissance de ce qui nous entoure et nous interroge, pour réfléchir et agir ensemble via le choix des mots de la langue, des langues utilisées.

Tout au long de l’année, ont lieu des échanges entre notre boîte électronique ou adresse postale et celles des élèves des classes auxquelles l’enseignant a donné à étudier quelques-uns de nos poèmes. Le travail de lecture, de compréhension, de traduction est ainsi graduellement ponctué de remarques exprimées en langue française jusqu’à la date de notre visite en leur établissement. Ainsi avons-nous eu le temps d’apprendre leurs noms, découvert leurs visages sur des photos de classe, et répondu au questionnement pluriel, afin de les guider progressivement, en douceur.

Après cette expérience souvent bien vécue par les jeunes publics, les professeurs interrogés, conscients de l’engagement de leurs élèves à cette occasion, avancent volontiers qu’ils pressentent que certains se dirigeront plus facilement vers des études de géologie, de géographie, d’arts plastiques ou environnementales où la place et le rôle de l’homme sont toujours les sujets de questionnement à remettre sur le métier, ou bien encore s’intéresseront-ils à la véritable « Géopoétique » dans le but de mieux appréhender le monde qu’ils ont à cœur de re-connaître tel qu’il est, tel qu’il va, en qualité d’habitants, de citoyens passagers, intelligents et sensibles de la terre, ici et maintenant.

3. Autres travaux de recherches

En parallèle, nous avons pris connaissance des travaux effectués notamment par les structures européennes, tels le centre de recherches « Mouvements Internationaux et Gouvernance » de l’université de Reims, le Département d’Etudes Européennes Culturelles de Banska Bystrica en Slovaquie, et l’équipe d’accueil de « Art des Images et Art Contemporain » de l’université Paris 8, lors de la conférence internationale qui s’est tenue les 15 et 16 avril derniers à Banska Bystrica, à propos des « expressions culturelles et des identités européennes », des « voisinages européens » qui déclinent un véritable projet géo-politique.

En qualité de seul poète, écrivain invité, nous avons désiré y souligner l’aspect géo-poétique à développer (hors du cadre touristique) dans son acception philosophique, scientifique, en un espace mental, ouvert, sans frontière, dont est exempte toute intrusion de l’imaginaire. En matière de cueillette d’informations, nous avons aussi souligné ce que d’aucuns pratiquent un peu partout dans le monde, qu’il ne s’agissait donc pas ici de défendre n’importe quelle pratique du passé, parce qu’elle est ancestrale, patrimoniale, ni non plus de défendre toute forme d’expression contemporaine qui s’avèrent vides de contenu. Il s’agit plutôt de relever des données avec exigence, vigilance et discernement, (car qui sommes-nous pour décréter que telle proposition est recevable, une autre non ?) d’où la nécessité, la sagesse de faire partie d’équipes de recherches et de réflexions différenciées, dans le but comme l’entendait le poète autrichien, Rainer Maria Rilke de : « présenter la vastitude, la variété, la complétude du monde sous forme de pures preuves ». Projet clair s’il en est, vaste projet en chantier permanent, de toute évidence cher à Kenneth White.

Étant donné que nous avons nous aussi pratiqué un certain « nomadisme intellectuel » et géographique plus ou moins volontaire, nous avons bien l’intention de le poursuivre au présent, en mettant au débat des codes sociaux et une éthique de reconnaissance différenciés, sorte d’état du citoyen du monde, désentravé, responsable, actant, ne servant aucun prince, bien campé dans son pays de naissance dont nous connaissons les atouts, les faiblesses et résolument tourné vers l’extérieur, « le grand dehors », en être consciemment souple, attentif, doté de ses différences, de son sens critique et de sa capacité d’accueil à l’autre.

 

4. Langue(s), création, traduction(s) ; liens et lieux de passage

Que voulons-nous par conséquent transmettre ici en qualité de passeur de méthodes tangibles d’initiation à la poésie du lieu pluriel ? Notre propos consiste en outre à encourager le travail d’autres passeurs de poésie, d’une langue à l’autre, afin qu’il soit offert au regard des jeunes publics, sous forme de poèmes plurilingues, tels que dans le recueil … de pluies et de saisons…, (ouvrage traduit bénévolement en 13 langues monde ; nous attendons la traduction hongroise avant de confier ce travail à un éditeur roumain), afin de recueillir les réactions des jeunes publics.

En effet, ce recueil plurilingue est destiné à leur donner à voir et à entendre PLUS DE LANGUES ! A l’heure où d’aucuns se plaignent d’un déficit de langues étudiées, ce simple ouvrage de six poèmes du lieu, traduits en : albanais, anglais, allemand, roumain, slovaque, espagnol, italien, grec, portugais, russe, japonais, polonais… interpelle le simple lecteur et l’incite à repenser à sa pratique personnelle des langues, par le biais de « cet autre langage : la poésie », à se demander également « ce » qui dans l’esprit de la langue favorise l’écriture de la poésie. Dans sa propre langue ou dans les langues acquises. La structure de la langue fait-elle le poète ? Ou bien est-ce l’inverse ? En ce qui nous concerne, nous avons notre petite idée, mais ce thème relève plutôt de « l’atelier I » de cette Biennale : « Le poète et/est sa langue » ; aussi ne développerons-nous pas cet aspect ductile de reconnaissance du poète par sa langue ou de la langue par le poète, etc.

En outre, on peut observer que les jeunes publics considèrent ces textes poétiques présentés à l’intérieur d’un recueil, champ de création plus vaste, tantôt comme un témoignage, tantôt comme une « fiction-vraie ». Ainsi, prévient Peter Handke : « Quand il s’agit de fiction, il faut être très exact, créer des fictions qui ne soient pas des mensonges, mais qui offrent des propositions de vie. Sans cela, la littérature, c’est une chanson qui pleure » . Et nous tentons pour notre part de nous situer sur cet axe de propositions de vie sur lequel les jeunes publics reprennent souvent à leur compte ce que répétait J. L. Borges, à savoir : « Je n’ai pas écrit de récits de fiction, je suis au centre de tout ».

Au centre de tout… car chemin faisant, de lecteur devenu créateur, traducteur, (la traduction étant encore pour J. L. Borges : « la finalité de toute littérature », le jeune ainsi initié se met à repenser à la notion de tout et de fragment du tout, de vérité du lieu, de « territoire ». Le territoire de naissance. Celui de sa langue. De vie et de mort. Le territoire mental. D’exploration et celui de l’action. Le territoire d’ailleurs, doté d’autres langues. Comme ses camarades, à un moment donné de son évolution, il avance qu’il a son mot à dire dans la construction de son identité, des identités européennes. Doté d’un sens critique accru, il peut participer en tant que maillon d’une chaîne in-finie à sa propre construction, consolidation identitaire, postée entre conservation et innovation, dans un ensemble européen cohérent, dynamique, évolutif, « crédible » pour reprendre le mot de Vaclav Havel.

Est alors important de s’ouvrir aux langues de nos voisins, de la terre, pour mieux accéder à la voix / voie de l’autre, nous enrichir, échanger, éviter mal-entendus, querelles et autres délits d’ignorance. Il ne faut pas le souhaiter, le dire. Il faut le faire. Aider à le faire faire, car il n’existe pas d’ici sans ailleurs et l’inverse est aussi probant. « La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux. (…). Nous ne sommes qu’au début de l’effort que l’Europe doit accomplir pour connaître l’unité, la prospérité et la paix » affirmait de manière ductile, Jean Monnet, dans un discours de 1950. Il y a donc six décennies.

5. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Grâce à quels outils, quelles avancées ?

Pour notre part, comme nous avons tenté de l’illustrer, en simple qualité de poète, d’écrivain, d’européenne de fait et de cœur, nous avons constaté à notre échelle, à notre place de veilleur et autre cueilleur de mots, l’efficacité à déclencher l’intérêt du lecteur qui éprouve la dignité par le droit à son histoire et découvre dans les livres / dé-livrés l’impulsion simple, lumineuse, utile à pérégriner dans le grand livre du dehors, enfanté pour creuser son attente, y répondre parfois.

Ces composantes et autres méthodes destinées à conjuguer la poésie sur un mode quotidien contribuent à développer le sentiment d’être sujet de l’histoire singulière, collective. Mises à l’épreuve par ce travail pédagogique et dont nous sommes loin d’avoir dégagé ici tous les aspects, ces composantes (re)prises en compte par quiconque s’y est attardé aboutit à un « Ah, ah Effekt ! » d’appartenance, de déjà vu. Ainsi dirons-nous que ces véritables « vitrines » instruisent sur des modes de vies datés, induisent des comparaisons entre ce qui existait hier et ce qui se pratique aujourd’hui, encouragent les propositions et autres avancées, énoncent l’espérance utopique ou prophétique d’une société où « la paix durable ne se conçoit pas sans justice sociale » dans l’esprit du traité de Philadelphie , induisent la communication entre l’homme et l’homme, l’homme et le vivant, l’homme et le cosmos, une société tournée vers la re-connaissance des identités historiques, le tissage culturel, le brassage des arts et des savoirs, car il se dégage toujours sérénité et détermination de l’expérience des territoires vivifiants de l’être au monde.

6. Le territoire et la langue du poète

Une épigraphe empruntée à Maître Eckart et retrouvée chez Kenneth White se décline ainsi : « Avance dans ton propre territoire et apprends à te connaître ». Le territoire est un mot exprimant un fragment du monde. Le monde abrite le moi. Et le moi est entouré d’un mot-monde insufflé par la pratique de cette terre qui nous porte et nous supporte. « La terre est un mot qui embrasse la terre » et contribue à donner du sens à nos proménadologies traversières, « humaines, trop humaines » et je me permets d’ajouter qu’il nous est ainsi permis d’y côtoyer, d’y reconnaître ce faux « étrange étranger » à la fois – si proche et si lointain – (par retournement ductile de la formule de Julia Kristeva).

Ainsi, le geste ample qui consiste à « initier ou éduquer à la poésie » illustré ici brièvement passe effectivement par la mise en abyme de regards observants, observés ; intérieurs et extérieurs ; regards attentifs, émergés dans l’immédiateté de l’expression poétique, regards re-connaissants, à leur place, posés sur le monde du vivant & des choses, traduits ou transfigurés par la langue universelle du poète, car : « Was bleibt aber stiften die Dichter… » ; « Mais ce qui reste est oeuvre des Poètes… », ainsi que l’entendait Friedrich Hölderlin.

Rome Deguergue
Août 2010

À titre d’exemples, ouvrages de R.D. à disposition du public de la Biennale pour consultation :
… de pluies et de saisons…  en 14 langues ; Ex-odes du jardin, variations & autres collages d’intemporalité 2e volet ; Nabel ; Accents de Garonne, Visages de plein vent, Mémoire en blocs ; Vapeurs fugitives, Carmina.

Recueils de poésie créés par quelques classes :
De mers et de ciels, Italie ;
Notre jardin, Italie ;
Atelier de plein air, Printemps des Poètes, France.

                             Sans titre 9

 

À lire en suivant dans la sous-rubrique

Géo-poésie de ce même site

le second onglet dont la thématique est consacrée aux

champs de géo-poésie en direction des jeunes publics francophones

illustration

Sans titre 9

4 – Recherche pictotofographique par apprentissage du regard sensible chez Patrice Yan Le Flohic, dit PYLF, principal illustrateur des ouvrages de R.D.

PYLF est né le 15 novembre 1954 dans l’Indre. Géologue, peintre, photographe, illustrateur d’ouvrages, il est breton par son père et berrichon par sa mère; « brechon » tel qu’il l’avance. Il vit en région bordelaise depuis 1992.

 Benjamin d’une fratrie de cinq enfants, et dès l’enfance, excellent dessinateur, il s’empare à l’adolescence de la boîte de peintures délaissée par son frère aîné et s’attache à reproduire de grands peintres français et flamands. Plus tard, attiré par les domaines scientifiques, il abandonne le projet d’entrer aux Beaux-Arts, pour se consacrer à des études de Géologie. Il obtient sa maîtrise à l’université d’Orléans.

 Pour financer ses études, il exécute des portraits et autres paysages, sur commande. Ayant décidé de ne pas poursuivre ses études jusqu’au doctorat, il fait le choix d’exercer son métier sur le terrain. Ainsi, employé en qualité de géologue sur divers chantiers, où il supervise les activités de forage, fait la description de carottes et le rapport de fin de mission, il est appelé à parcourir l’hexagone, l’Italie, (Calabre), l’île de la Réunion, l’Afrique, (Niger, Gabon, Mali). C’est sur ces lieux aux conditions spécifiques, liées à la vie sur des chantiers on-shore et sur des plate formes off-shore, où le réel prend d’autres formes interprétatives que, pendant les périodes de stand-by, PYLF peint, comme un autre ferait du trekking, lirait ou jouerait d’un instrument.

 Mais plus qu’un passe-temps, la peinture constitue pour PYLF une réelle passion dans laquelle, curieux, opiniâtre de nature, il pressent, comme d’autres artistes, qu’il peut aller plus loin, et c’est à un moment donné précis de son cheminement réflexif qu’il ressentira que le temps est venu de commencer à aborder un axe directionnel différencié de sa recherche des lignes de fuite, de jonction, de possibles de nouvelles transfigurations, de ce qui advient dans l’espace topographique et mental, entre – le réel-réel et l’intuition du réel – démarche donc, tant mentale qu’éprouvée dans sa manière de rendre le réel et qu’il classifie volontiers de fondamental et moteur de sa recherche artistique autrement.

 Après avoir réalisé une série de voyages professionnels pour des sociétés géologiques internationales, il crée sa propre société de prestations géologiques. Il emploiera ainsi jusqu’à 36 personnes. Mais le temps lui manquant, le cycle pictural est révolu. Durant une décennie, en parallèle à son travail de gérant de société, il va avec patience et sapience, dans la plus grande discrétion développer, augmenter les aptitudes de son regard, et apprendre à voir comme conseillé par le poète allemand, Rainer Maria Rilke. Il abandonne alors l’art du pinceau et se dote d’un simple appareil photographique, loin d’égaler les performances de ceux utilisés par les professionnels.

 Pour se faire, il sait qu’il lui faut voyager de manière concentrique croissante : du lieu de son jardin, à la périphérie bordelaise, vers d’autres jardins et paysages européens, planétaires, à la recherche de motifs, dont il ne sait pas encore la manière avec laquelle il les traitera.

 Avec l’expérience accumulée au fil des ans, PYLF avoue que – aujourd’hui lorsqu’il voit, traverse un élément du vivant et des choses de son regard, il sait de manière intuitive, immédiate, définitive, quelle sera la portée, le résultat de son travail, et ce à 90 %. Les 10 % restants sont dévolus aux : ah ! ah Ergebnisse, et autres exclamations de surprise, suscitant son respect, devant la part non négligeable que le hasard a repris à son compte. Au questionnement à propos des techniques employées, il vous répondra gentiment que cela lui appartient comme le mystère inhérent à toute création.

 Ainsi, son travail de recherche qu’il qualifie avec une pointe d’humour, mais de pertinence aussi, de : « pictotofographique » s’inspire-t-il de sa passion pour les paysages pluriels, le monde animal et minéral, sans oublier l’héritage légué par les pratiques de la peinture (sa première muse), recréant ainsi une vision du monde et de l’art, troublante, confondante, intuitive et questionnante.

 Sur le DVD consacré à alimenter les propos tenus lors du Colloque International de l’Université de Cagliari, les 10 et 11 mai 2013, seules cinquante quatre pictotofographies ont été sélectionnées par PYLF (sur plus d’un millier qu’il a créé) afin d’illustrer la thématique du colloque : Des Avant-gardes historique à l’Intuitisme : regards croisés.

 

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